Nous appeler
⚖️ Guide DSA

Article 19 du DSA :
Comprendre l'exemption des petites plateformes

Toutes les plateformes ne sont pas soumises aux mêmes règles. L'article 19 du DSA (Digital Services Act) dispense les plateformes exploitées par des microentreprises ou des petites entreprises d'une partie de leurs obligations : réclamation interne, règlement extrajudiciaire des litiges, publicité, protection des mineurs, entre autres. Voici quelles plateformes sont concernées, ce qui ne s'applique pas à elles, ce qui continue de s'appliquer, et ce que cela change pour vous.

Article 19 du règlement (UE) 2022/2065
Applicable depuis le 17 février 2024
Mise à jour le 24 octobre 2026
Lecture : 10 minutes
À retenir en 30 secondes
  • Les plateformes en ligne exploitées par une microentreprise ou une petite entreprise ne sont pas soumises aux articles 20 à 28 du DSA, à une exception près (article 24, paragraphe 3, du DSA).
  • Une petite entreprise compte moins de 50 personnes et réalise un chiffre d'affaires annuel ou un total de bilan annuel qui n'excède pas 10 millions d'euros. Les entreprises du même groupe sont en principe prises en compte.
  • L'exemption ne profite jamais aux très grandes plateformes désignées par la Commission européenne.
  • Même sur une petite plateforme, vous gardez des droits : être informé des motifs d'une décision de modération (article 17 du DSA), signaler un contenu illicite (article 16 du DSA), saisir le juge.
01 — Le principe

Ce que l'article 19 du DSA prévoit

Le DSA impose des obligations graduées : plus un service est important, plus ses obligations sont lourdes. Les plateformes en ligne ont davantage d'obligations que les simples hébergeurs, et les très grandes plateformes davantage que les autres plateformes.

Pour ne pas imposer à une jeune entreprise ou à un petit site communautaire les mêmes contraintes qu'à un réseau social mondial, l'article 19 du DSA écarte une partie de ces obligations pour les plus petites structures.

L'exemption dépend de la taille de l'entreprise qui exploite la plateforme. Le nombre d'utilisateurs n'intervient que pour la désignation comme très grande plateforme, qui fait perdre l'exemption.

« La présente section » désigne la section 3 du chapitre III du DSA, intitulée « Dispositions supplémentaires applicables aux fournisseurs de plateformes en ligne ». Elle regroupe les articles 19 à 28 du DSA.

📌
La notion de « plateforme en ligne »

Le DSA distingue plusieurs catégories de services. Un hébergeur stocke des contenus fournis par ses utilisateurs, par exemple un service de stockage de fichiers en ligne. Une plateforme en ligne est un hébergeur qui, en plus, diffuse ces contenus au public : réseau social, plateforme vidéo, place de marché, forum, site d'annonces.

L'article 19 du DSA ne concerne que les obligations propres aux plateformes en ligne. Les obligations qui s'appliquent à tous les hébergeurs, comme le signalement des contenus illicites ou l'exposé des motifs, ne sont pas visées.

02 — Les seuils

Microentreprise, petite entreprise : les seuils

Le DSA ne fixe pas lui-même les seuils. Il renvoie à la recommandation 2003/361/CE de la Commission européenne, qui définit les microentreprises, les petites entreprises et les moyennes entreprises dans toute l'Union.

1

La microentreprise

Moins de 10 personnes, et un chiffre d'affaires annuel ou un total du bilan annuel qui n'excède pas 2 millions d'euros.
2

La petite entreprise

Moins de 50 personnes, et un chiffre d'affaires annuel ou un total du bilan annuel qui n'excède pas 10 millions d'euros.
3

Moyennes et grandes entreprises : pas d'exemption

Une plateforme exploitée par une moyenne ou une grande entreprise ne bénéficie pas de l'article 19 du DSA. Elle est soumise aux obligations des articles 20 à 28 du DSA.
🏢
Les entreprises du même groupe comptent
Pour savoir si une entreprise est petite, la recommandation 2003/361/CE ne regarde pas seulement la société qui exploite la plateforme. Elle tient compte, selon des règles précises, des effectifs et des chiffres des entreprises qui lui sont liées ou qui en détiennent une part importante. Une petite application rachetée par un grand groupe n'est donc, en principe, plus une petite entreprise.
📅
Un statut qui ne change pas d'une année sur l'autre
Selon l'article 4, paragraphe 2, de l'annexe de la recommandation 2003/361/CE, une entreprise ne gagne ou ne perd son statut que si elle franchit les seuils pendant deux exercices consécutifs. Une année exceptionnelle ne suffit pas à lui faire perdre l'exemption.
03 — Les obligations écartées

Les obligations qui ne s'appliquent pas

Une plateforme exploitée par une microentreprise ou une petite entreprise n'est pas tenue de respecter les obligations suivantes.

1

Le système interne de réclamation

Elle n'est pas obligée de proposer un système permettant de contester ses décisions de modération (article 20 du DSA).
2

Le règlement extrajudiciaire des litiges

Elle n'est pas tenue de participer à une procédure devant un organisme de règlement extrajudiciaire des litiges certifié (article 21 du DSA).
3

Les signaleurs de confiance

Elle n'a pas à traiter en priorité les signalements des signaleurs de confiance (article 22 du DSA).
4

Les mesures contre les abus

Les règles encadrant la suspension des utilisateurs qui publient souvent des contenus manifestement illicites ou abusent des signalements ne s'imposent pas à elle (article 23 du DSA).
5

Les informations propres aux plateformes

Elle n'a pas à publier le nombre moyen de ses utilisateurs actifs, ni à transmettre ses exposés des motifs à la base de données de la Commission européenne (article 24 du DSA). Elle doit toutefois communiquer le nombre de ses utilisateurs au coordinateur pour les services numériques ou à la Commission s'ils le lui demandent (article 24, paragraphe 3, du DSA).
6

Les interfaces trompeuses

L'interdiction des interfaces conçues pour tromper ou manipuler les utilisateurs prévue par le DSA ne s'applique pas à elle (article 25 du DSA). D'autres règles, notamment celles du droit de la consommation, peuvent toutefois s'appliquer.
7

La publicité, les recommandations et les mineurs

Les règles du DSA sur la transparence de la publicité (article 26 du DSA), sur la transparence des systèmes de recommandation (article 27 du DSA) et sur la protection des mineurs (article 28 du DSA) ne s'appliquent pas non plus.
➕
Deux autres exemptions pour les petites structures

Les microentreprises et petites entreprises qui ne sont pas de très grandes plateformes sont aussi dispensées de publier un rapport de transparence annuel sur leur modération (article 15, paragraphe 2, du DSA). Cette exemption vaut pour tous les services intermédiaires, pas seulement pour les plateformes.

De même, les places de marché exploitées par une microentreprise ou une petite entreprise ne sont pas soumises aux obligations propres aux places de marché, comme la vérification de l'identité des vendeurs professionnels (article 29 du DSA).

04 — Les obligations maintenues

Les obligations qui continuent de s'appliquer

L'exemption est partielle. Une petite plateforme reste un service intermédiaire et un hébergeur : toutes les obligations qui s'appliquent à ces catégories continuent de s'imposer à elle, quelle que soit sa taille.

Reste applicable
Aux petites plateformes comme aux autres
Ne s'applique pas
Aux microentreprises et petites entreprises
  • La réclamation interne et le règlement extrajudiciaire des litiges
  • Les signaleurs de confiance et les mesures contre les abus
  • Les règles du DSA sur les interfaces, la publicité, les recommandations et les mineurs
  • Le rapport de transparence annuel

Le DSA n'est pas le seul texte applicable. Une petite plateforme reste soumise aux règles de protection des données personnelles (RGPD), au droit de la consommation et aux autres lois européennes et nationales qui la concernent.

05 — Les très grandes plateformes

Pas d'exemption pour les très grandes plateformes

Le paragraphe 2 de l'article 19 du DSA ferme une porte : une plateforme désignée comme très grande plateforme en ligne par la Commission européenne est soumise à toutes les obligations de la section 3, même si l'entreprise qui l'exploite est petite.

📌
La notion de « très grande plateforme »
Une plateforme devient « très grande » lorsqu'elle compte en moyenne au moins 45 millions d'utilisateurs actifs par mois dans l'Union européenne et que la Commission européenne l'a désignée comme telle par une décision (article 33 du DSA). La Commission tient à jour la liste des services désignés.

Entre une petite plateforme et une très grande plateforme, la marge est importante. Une plateforme qui compte plusieurs millions d'utilisateurs peut, en théorie, être exploitée par une petite entreprise et bénéficier de l'exemption, tant qu'elle n'a pas été désignée par la Commission.

06 — La période de transition

Le délai de douze mois après la perte du statut

Une entreprise qui grandit ne bascule pas du jour au lendemain dans toutes les obligations des plateformes. Le second alinéa du paragraphe 1 lui laisse le temps de s'organiser.

1

L'entreprise dépasse les seuils

Elle dépasse les seuils de la petite entreprise à la clôture d'un exercice.
2

Le dépassement se confirme

Elle ne perd son statut que si le dépassement se reproduit lors de l'exercice suivant (article 4, paragraphe 2, de l'annexe de la recommandation 2003/361/CE).
3

Douze mois de transition

Pendant les douze mois qui suivent la perte de son statut, elle continue de bénéficier de l'exemption de l'article 19 du DSA.
4

Les obligations s'appliquent

À l'issue de ces douze mois, toutes les obligations des articles 20 à 28 du DSA s'appliquent à elle.

Cette période de transition ne profite pas à une plateforme désignée comme très grande plateforme : dans ce cas, les obligations s'appliquent sans délai de grâce au titre de l'article 19 du DSA.

07 — Vos droits

Ce que cela change pour vous

Si votre contenu est retiré ou votre compte suspendu sur une petite plateforme, vos moyens d'action ne sont pas tout à fait les mêmes que sur un grand réseau social.

1

Vous avez droit aux motifs de la décision

L'exposé des motifs est une obligation de tous les hébergeurs. Une petite plateforme doit vous expliquer clairement pourquoi elle a pris une décision de modération (article 17 du DSA).
2

La réclamation interne n'est pas garantie

La plateforme n'est pas obligée de proposer un système de réclamation. Vous pouvez toujours lui écrire par son point de contact pour les utilisateurs (article 12 du DSA) pour demander un réexamen, mais elle n'est pas tenue de le traiter selon les règles de l'article 20 du DSA.
3

Le règlement extrajudiciaire dépend de son accord

La plateforme n'est pas tenue de participer à une procédure devant un organisme de règlement extrajudiciaire des litiges certifié. Elle peut l'accepter volontairement.
4

Le juge reste toujours accessible

Quelle que soit la taille de la plateforme, vous pouvez contester sa décision devant le juge compétent, selon le droit applicable.

Sur une petite plateforme, l'exposé des motifs reste dû. Ce sont les voies de contestation organisées par le DSA qui deviennent facultatives.

08 — En pratique

En pratique : savoir si une plateforme est exemptée

Il n'existe pas de liste officielle des plateformes qui bénéficient de l'article 19 du DSA : c'est au fournisseur d'apprécier s'il remplit les conditions, sous le contrôle du coordinateur pour les services numériques de son pays d'établissement. Voici comment vous faire une idée.

1

Identifiez l'entreprise

Consultez les mentions légales ou les conditions générales de la plateforme : elles indiquent le nom de la société qui l'exploite et son pays d'établissement.
2

Vérifiez si elle appartient à un groupe

Une société qui fait partie d'un grand groupe n'est en principe pas une petite entreprise, même si elle compte peu de salariés.
3

Consultez les registres publics

Dans de nombreux pays, les registres des sociétés publient les comptes annuels, le chiffre d'affaires ou les effectifs. Ces informations donnent une indication, même si le calcul exact obéit aux règles de la recommandation 2003/361/CE.
4

Interrogez la plateforme

Si elle refuse un réexamen ou une procédure de règlement extrajudiciaire en invoquant sa taille, vous pouvez lui demander de confirmer qu'elle se prévaut de l'article 19 du DSA.
⚠️
Et si l'exemption vous semble injustifiée ?

Si une plateforme invoque l'article 19 du DSA alors qu'elle appartient visiblement à un grand groupe ou dépasse manifestement les seuils, vous pouvez introduire une plainte auprès du coordinateur pour les services numériques de votre pays (article 53 du DSA). La Commission européenne publie la liste des coordinateurs de tous les États membres.

09 — Cas pratique

Un exemple concret

Vous vendez des vêtements d'occasion sur une petite place de marché française. Un matin, votre compte est suspendu. Vous recevez seulement ce message : « Votre compte a été suspendu. Nous ne sommes pas soumis aux obligations de réclamation du DSA. » Vous voulez comprendre et faire réexaminer la décision. Selon la façon dont vous écrivez à la plateforme, la réponse sera plus ou moins utile.

✕ Message maladroit
« Le DSA vous oblige à avoir un système de réclamation et à accepter le règlement extrajudiciaire. Rétablissez mon compte, sinon je saisis un organisme certifié. »
  • Ces obligations ne s'appliquent peut-être pas à cette plateforme
  • Le compte et la décision ne sont pas identifiés
  • Le droit qui s'applique vraiment n'est pas invoqué
✓ Message pertinent
« Le [date], vous avez suspendu mon compte vendeur [identifiant] (capture jointe). Même si vous vous prévalez de l'article 19 du DSA, l'article 17 du DSA continue de s'appliquer : je vous demande de me communiquer un exposé des motifs indiquant la mesure prise, sa durée, les faits retenus et la règle de vos conditions générales sur laquelle elle repose. Je vous remercie également de réexaminer cette décision au vu des éléments suivants : [vos explications]. »
  • Compte, date et décision identifiés
  • Demande fondée sur une obligation qui s'applique à toutes les plateformes
  • Demande de réexamen présentée sans exiger une procédure non obligatoire

Le message pertinent ne conteste pas l'exemption, qui peut être justifiée. Il s'appuie sur l'exposé des motifs, dû par toutes les plateformes. Si la réponse ne vous satisfait pas, vous pourrez saisir le juge ou proposer à la plateforme une procédure de règlement extrajudiciaire, qu'elle reste libre d'accepter.

10 — Vos questions

Questions fréquentes sur l'article 19 du DSA

Non. L'exposé des motifs est une obligation de tous les hébergeurs, que l'article 19 du DSA n'écarte pas. Une petite plateforme doit vous expliquer sa décision de modération (article 17 du DSA).

Vous pouvez le proposer, mais une plateforme exploitée par une microentreprise ou une petite entreprise n'est pas tenue d'y participer, puisque l'article 21 du DSA ne s'applique pas à elle. Elle peut l'accepter volontairement. Le juge reste toujours accessible.

Il n'existe pas de liste officielle. Identifiez la société qui exploite la plateforme grâce à ses mentions légales, vérifiez si elle appartient à un groupe et consultez, si possible, les registres publics des sociétés. Vous pouvez aussi demander à la plateforme si elle se prévaut de l'article 19 du DSA.

En théorie, oui, tant qu'elle reste sous le seuil des très grandes plateformes. L'exemption dépend de la taille de l'entreprise, mesurée par ses effectifs et ses chiffres. Le nombre d'utilisateurs compte en revanche pour la désignation : une plateforme qui atteint en moyenne 45 millions d'utilisateurs actifs par mois dans l'Union peut être désignée comme très grande plateforme par la Commission européenne, et perd alors l'exemption (article 19, paragraphe 2, du DSA).

En principe, non. La recommandation 2003/361/CE tient compte des entreprises liées : les effectifs et les chiffres du groupe sont pris en compte, selon des règles précises, pour apprécier la taille de l'entreprise.

Non. Les microentreprises et petites entreprises qui ne sont pas de très grandes plateformes sont dispensées du rapport de transparence annuel (article 15, paragraphe 2, du DSA) et des informations supplémentaires propres aux plateformes (article 24 du DSA).

Pas celles de l'article 28 du DSA, qui fait partie des obligations écartées par l'article 19 du DSA. D'autres textes, européens ou nationaux, peuvent toutefois protéger les mineurs sur ces plateformes, comme les règles de protection des données personnelles.

Le coordinateur pour les services numériques du pays où le fournisseur est établi veille au respect du DSA par les plateformes qui ne sont pas de très grandes plateformes. Si une exemption vous semble injustifiée, vous pouvez introduire une plainte auprès du coordinateur de votre pays (article 53 du DSA), qui la transmettra si nécessaire.

Texte officiel et sources

Articles