Article 19 du DSA :
Comprendre l'exemption des petites plateformes
Toutes les plateformes ne sont pas soumises aux mêmes règles. L'article 19 du DSA (Digital Services Act) dispense les plateformes exploitées par des microentreprises ou des petites entreprises d'une partie de leurs obligations : réclamation interne, règlement extrajudiciaire des litiges, publicité, protection des mineurs, entre autres. Voici quelles plateformes sont concernées, ce qui ne s'applique pas à elles, ce qui continue de s'appliquer, et ce que cela change pour vous.
- 01Ce que l'article 19 du DSA prévoit
- 02Microentreprise, petite entreprise : les seuils
- 03Les obligations qui ne s'appliquent pas
- 04Les obligations qui continuent de s'appliquer
- 05Pas d'exemption pour les très grandes plateformes
- 06Le délai de douze mois après la perte du statut
- 07Ce que cela change pour vous
- 08En pratique : savoir si une plateforme est exemptée
- 09Un exemple concret
- 10Questions fréquentes sur l'article 19 du DSA
- Les plateformes en ligne exploitées par une microentreprise ou une petite entreprise ne sont pas soumises aux articles 20 à 28 du DSA, à une exception près (article 24, paragraphe 3, du DSA).
- Une petite entreprise compte moins de 50 personnes et réalise un chiffre d'affaires annuel ou un total de bilan annuel qui n'excède pas 10 millions d'euros. Les entreprises du même groupe sont en principe prises en compte.
- L'exemption ne profite jamais aux très grandes plateformes désignées par la Commission européenne.
- Même sur une petite plateforme, vous gardez des droits : être informé des motifs d'une décision de modération (article 17 du DSA), signaler un contenu illicite (article 16 du DSA), saisir le juge.
Ce que l'article 19 du DSA prévoit
Le DSA impose des obligations graduées : plus un service est important, plus ses obligations sont lourdes. Les plateformes en ligne ont davantage d'obligations que les simples hébergeurs, et les très grandes plateformes davantage que les autres plateformes.
Pour ne pas imposer à une jeune entreprise ou à un petit site communautaire les mêmes contraintes qu'à un réseau social mondial, l'article 19 du DSA écarte une partie de ces obligations pour les plus petites structures.
La présente section, à l'exception de son article 24, paragraphe 3, ne s'applique pas aux fournisseurs de plateformes en ligne qui peuvent être qualifiés de microentreprises ou de petites entreprises telles qu'elles sont définies dans la recommandation 2003/361/CE.
La présente section, à l'exception de son article 24, paragraphe 3, ne s'applique pas aux fournisseurs de plateformes en ligne qui étaient qualifiés précédemment de microentreprises ou de petites entreprises telles qu'elles sont définies dans la recommandation 2003/361/CE, pendant les douze mois qui suivent la perte de ce statut en vertu de l'article 4, paragraphe 2, de ladite recommandation, sauf lorsqu'il s'agit de très grandes plateformes en ligne conformément à l'article 33.
Par dérogation au paragraphe 1 du présent article, la présente section s'applique aux fournisseurs de plateformes en ligne qui ont été désignés comme des très grandes plateformes en ligne conformément à l'article 33, indépendamment du fait qu'ils soient qualifiés de microentreprises ou de petites entreprises.
L'exemption dépend de la taille de l'entreprise qui exploite la plateforme. Le nombre d'utilisateurs n'intervient que pour la désignation comme très grande plateforme, qui fait perdre l'exemption.
« La présente section » désigne la section 3 du chapitre III du DSA, intitulée « Dispositions supplémentaires applicables aux fournisseurs de plateformes en ligne ». Elle regroupe les articles 19 à 28 du DSA.
Le DSA distingue plusieurs catégories de services. Un hébergeur stocke des contenus fournis par ses utilisateurs, par exemple un service de stockage de fichiers en ligne. Une plateforme en ligne est un hébergeur qui, en plus, diffuse ces contenus au public : réseau social, plateforme vidéo, place de marché, forum, site d'annonces.
L'article 19 du DSA ne concerne que les obligations propres aux plateformes en ligne. Les obligations qui s'appliquent à tous les hébergeurs, comme le signalement des contenus illicites ou l'exposé des motifs, ne sont pas visées.
Microentreprise, petite entreprise : les seuils
Le DSA ne fixe pas lui-même les seuils. Il renvoie à la recommandation 2003/361/CE de la Commission européenne, qui définit les microentreprises, les petites entreprises et les moyennes entreprises dans toute l'Union.
La microentreprise
La petite entreprise
Moyennes et grandes entreprises : pas d'exemption
Les obligations qui ne s'appliquent pas
Une plateforme exploitée par une microentreprise ou une petite entreprise n'est pas tenue de respecter les obligations suivantes.
Le système interne de réclamation
Le règlement extrajudiciaire des litiges
Les signaleurs de confiance
Les mesures contre les abus
Les informations propres aux plateformes
Les interfaces trompeuses
La publicité, les recommandations et les mineurs
Les microentreprises et petites entreprises qui ne sont pas de très grandes plateformes sont aussi dispensées de publier un rapport de transparence annuel sur leur modération (article 15, paragraphe 2, du DSA). Cette exemption vaut pour tous les services intermédiaires, pas seulement pour les plateformes.
De même, les places de marché exploitées par une microentreprise ou une petite entreprise ne sont pas soumises aux obligations propres aux places de marché, comme la vérification de l'identité des vendeurs professionnels (article 29 du DSA).
Les obligations qui continuent de s'appliquer
L'exemption est partielle. Une petite plateforme reste un service intermédiaire et un hébergeur : toutes les obligations qui s'appliquent à ces catégories continuent de s'imposer à elle, quelle que soit sa taille.
- Le point de contact pour les utilisateurs (article 12 du DSA)
- Des conditions générales claires, appliquées de façon proportionnée (article 14 du DSA)
- Un mécanisme pour signaler les contenus illicites (article 16 du DSA)
- L'exposé des motifs de chaque décision de modération (article 17 du DSA)
- Le suivi des injonctions des autorités (article 9 du DSA et article 10 du DSA)
- La réclamation interne et le règlement extrajudiciaire des litiges
- Les signaleurs de confiance et les mesures contre les abus
- Les règles du DSA sur les interfaces, la publicité, les recommandations et les mineurs
- Le rapport de transparence annuel
Le DSA n'est pas le seul texte applicable. Une petite plateforme reste soumise aux règles de protection des données personnelles (RGPD), au droit de la consommation et aux autres lois européennes et nationales qui la concernent.
Pas d'exemption pour les très grandes plateformes
Le paragraphe 2 de l'article 19 du DSA ferme une porte : une plateforme désignée comme très grande plateforme en ligne par la Commission européenne est soumise à toutes les obligations de la section 3, même si l'entreprise qui l'exploite est petite.
Entre une petite plateforme et une très grande plateforme, la marge est importante. Une plateforme qui compte plusieurs millions d'utilisateurs peut, en théorie, être exploitée par une petite entreprise et bénéficier de l'exemption, tant qu'elle n'a pas été désignée par la Commission.
Le délai de douze mois après la perte du statut
Une entreprise qui grandit ne bascule pas du jour au lendemain dans toutes les obligations des plateformes. Le second alinéa du paragraphe 1 lui laisse le temps de s'organiser.
L'entreprise dépasse les seuils
Le dépassement se confirme
Douze mois de transition
Les obligations s'appliquent
Cette période de transition ne profite pas à une plateforme désignée comme très grande plateforme : dans ce cas, les obligations s'appliquent sans délai de grâce au titre de l'article 19 du DSA.
Ce que cela change pour vous
Si votre contenu est retiré ou votre compte suspendu sur une petite plateforme, vos moyens d'action ne sont pas tout à fait les mêmes que sur un grand réseau social.
Vous avez droit aux motifs de la décision
La réclamation interne n'est pas garantie
Le règlement extrajudiciaire dépend de son accord
Le juge reste toujours accessible
Sur une petite plateforme, l'exposé des motifs reste dû. Ce sont les voies de contestation organisées par le DSA qui deviennent facultatives.
En pratique : savoir si une plateforme est exemptée
Il n'existe pas de liste officielle des plateformes qui bénéficient de l'article 19 du DSA : c'est au fournisseur d'apprécier s'il remplit les conditions, sous le contrôle du coordinateur pour les services numériques de son pays d'établissement. Voici comment vous faire une idée.
Identifiez l'entreprise
Vérifiez si elle appartient à un groupe
Consultez les registres publics
Interrogez la plateforme
Si une plateforme invoque l'article 19 du DSA alors qu'elle appartient visiblement à un grand groupe ou dépasse manifestement les seuils, vous pouvez introduire une plainte auprès du coordinateur pour les services numériques de votre pays (article 53 du DSA). La Commission européenne publie la liste des coordinateurs de tous les États membres.
Un exemple concret
Vous vendez des vêtements d'occasion sur une petite place de marché française. Un matin, votre compte est suspendu. Vous recevez seulement ce message : « Votre compte a été suspendu. Nous ne sommes pas soumis aux obligations de réclamation du DSA. » Vous voulez comprendre et faire réexaminer la décision. Selon la façon dont vous écrivez à la plateforme, la réponse sera plus ou moins utile.
- Ces obligations ne s'appliquent peut-être pas à cette plateforme
- Le compte et la décision ne sont pas identifiés
- Le droit qui s'applique vraiment n'est pas invoqué
- Compte, date et décision identifiés
- Demande fondée sur une obligation qui s'applique à toutes les plateformes
- Demande de réexamen présentée sans exiger une procédure non obligatoire
Le message pertinent ne conteste pas l'exemption, qui peut être justifiée. Il s'appuie sur l'exposé des motifs, dû par toutes les plateformes. Si la réponse ne vous satisfait pas, vous pourrez saisir le juge ou proposer à la plateforme une procédure de règlement extrajudiciaire, qu'elle reste libre d'accepter.
Questions fréquentes sur l'article 19 du DSA
Non. L'exposé des motifs est une obligation de tous les hébergeurs, que l'article 19 du DSA n'écarte pas. Une petite plateforme doit vous expliquer sa décision de modération (article 17 du DSA).
Vous pouvez le proposer, mais une plateforme exploitée par une microentreprise ou une petite entreprise n'est pas tenue d'y participer, puisque l'article 21 du DSA ne s'applique pas à elle. Elle peut l'accepter volontairement. Le juge reste toujours accessible.
Il n'existe pas de liste officielle. Identifiez la société qui exploite la plateforme grâce à ses mentions légales, vérifiez si elle appartient à un groupe et consultez, si possible, les registres publics des sociétés. Vous pouvez aussi demander à la plateforme si elle se prévaut de l'article 19 du DSA.
En théorie, oui, tant qu'elle reste sous le seuil des très grandes plateformes. L'exemption dépend de la taille de l'entreprise, mesurée par ses effectifs et ses chiffres. Le nombre d'utilisateurs compte en revanche pour la désignation : une plateforme qui atteint en moyenne 45 millions d'utilisateurs actifs par mois dans l'Union peut être désignée comme très grande plateforme par la Commission européenne, et perd alors l'exemption (article 19, paragraphe 2, du DSA).
En principe, non. La recommandation 2003/361/CE tient compte des entreprises liées : les effectifs et les chiffres du groupe sont pris en compte, selon des règles précises, pour apprécier la taille de l'entreprise.
Non. Les microentreprises et petites entreprises qui ne sont pas de très grandes plateformes sont dispensées du rapport de transparence annuel (article 15, paragraphe 2, du DSA) et des informations supplémentaires propres aux plateformes (article 24 du DSA).
Pas celles de l'article 28 du DSA, qui fait partie des obligations écartées par l'article 19 du DSA. D'autres textes, européens ou nationaux, peuvent toutefois protéger les mineurs sur ces plateformes, comme les règles de protection des données personnelles.
Le coordinateur pour les services numériques du pays où le fournisseur est établi veille au respect du DSA par les plateformes qui ne sont pas de très grandes plateformes. Si une exemption vous semble injustifiée, vous pouvez introduire une plainte auprès du coordinateur de votre pays (article 53 du DSA), qui la transmettra si nécessaire.
Ce que l'article 19 du DSA prévoit
Texte officiel et sources
- Règlement (UE) 2022/2065 sur les services numériques (Digital Services Act - DSA)
- Recommandation 2003/361/CE de la Commission concernant la définition des micro, petites et moyennes entreprises
- Liste des très grandes plateformes et très grands moteurs de recherche désignés, Commission européenne
- Liste des coordinateurs pour les services numériques des États membres, Commission européenne
Articles
- Article 12 du DSA : points de contact pour les destinataires du service
- Article 14 du DSA : conditions générales
- Article 15 du DSA : rapports de transparence
- Article 16 du DSA : mécanismes de notification et d'action
- Article 17 du DSA : exposé des motifs
- Article 20 du DSA : système interne de traitement des réclamations
- Article 21 du DSA : règlement extrajudiciaire des litiges
- Article 22 du DSA : signaleurs de confiance
- Article 23 du DSA : mesures de lutte et de protection contre les utilisations abusives
- Article 24 du DSA : rapports de transparence des plateformes en ligne
- Article 25 du DSA : conception et organisation des interfaces en ligne
- Article 26 du DSA : publicité sur les plateformes en ligne
- Article 27 du DSA : transparence du système de recommandation
- Article 28 du DSA : protection des mineurs en ligne
- Article 29 du DSA : exclusion des microentreprises et petites entreprises (places de marché)
- Article 33 du DSA : très grandes plateformes en ligne et très grands moteurs de recherche en ligne
- Article 53 du DSA : droit d'introduire une plainte