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⚖️ Guide DSA

Article 15 du DSA :
Comprendre les rapports de transparence des plateformes

Combien de contenus une plateforme retire-t-elle ? Combien de réclamations reçoit-elle, et combien de ses décisions annule-t-elle ? L'article 15 du DSA (Digital Services Act) oblige les services en ligne à publier, au moins une fois par an, un rapport de transparence sur leur modération des contenus. Voici ce qu'il contient, où le trouver et comment l'utiliser.

Article 15 du règlement (UE) 2022/2065
Applicable depuis le 17 février 2024
Mise à jour le 18 octobre 2026
Lecture : 11 minutes
À retenir en 30 secondes
  • La plupart des services en ligne doivent publier, au moins une fois par an, un rapport de transparence sur leur modération des contenus ; les très grandes plateformes publient tous les six mois.
  • Ce rapport chiffre notamment les injonctions des autorités, les signalements reçus, les mesures prises de la propre initiative de la plateforme, les réclamations, les décisions annulées et le recours aux outils automatisés.
  • Les plateformes en ligne y ajoutent des données sur les litiges soumis aux organismes de règlement extrajudiciaire et sur les suspensions.
  • Ces chiffres ne parlent pas de votre cas, mais ils vous aident à comprendre comment la plateforme modère et à étayer une réclamation.
01 — Le principe

Ce que l'article 15 du DSA impose

Lorsqu'une plateforme retire un contenu ou suspend un compte, l'article 17 du DSA l'oblige à vous expliquer sa décision. L'article 15 du DSA regarde la modération sous un autre angle : non plus décision par décision, mais dans son ensemble.

Il oblige les fournisseurs de services en ligne à publier, au moins une fois par an, un rapport de transparence sur leurs activités de modération des contenus. Ce rapport doit être public, clair, facilement compréhensible et publié dans un format lisible par une machine, c'est-à-dire exploitable par des outils d'analyse.

La modération ne se juge pas seulement au cas par cas : elle se mesure aussi en chiffres.

Ces rapports permettent aux utilisateurs, aux chercheurs, aux journalistes et aux autorités de savoir combien de contenus sont retirés, pour quels motifs, par quels moyens, et ce que deviennent les contestations. Le considérant 49 du DSA rattache cette obligation à un objectif de transparence et de responsabilité des fournisseurs.

02 — Le champ d'application

Qui est concerné ?

L'article 15 du DSA s'adresse à tous les fournisseurs de services intermédiaires, avec une exception pour les plus petits d'entre eux.

📌
La notion de « service intermédiaire »

Le DSA parle de fournisseurs de services intermédiaires. La notion regroupe trois catégories de services.

Le « simple transport » achemine les informations sans les stocker durablement : accès à internet, réseaux privés virtuels (VPN), services de noms de domaine.

La « mise en cache » stocke temporairement des informations pour accélérer leur transmission, comme les réseaux de diffusion de contenus.

L'« hébergement » stocke les contenus que vous lui confiez : réseaux sociaux, plateformes vidéo, places de marché, mais aussi hébergeurs de sites internet et services de stockage en ligne. Les plateformes en ligne sont des hébergeurs qui, en plus, diffusent ces contenus au public.

Pour simplifier la lecture, ce guide parle le plus souvent de « plateforme ». Certaines informations ne concernent toutefois que les hébergeurs, les plateformes en ligne ou les très grandes plateformes : le guide le précise à chaque fois.

Une petite entreprise, au sens de cette recommandation, emploie moins de 50 personnes et réalise un chiffre d'affaires annuel ou un total de bilan annuel qui n'excède pas 10 millions d'euros. Ces structures sont dispensées de rapport de transparence, sauf si elles ont été désignées comme très grandes plateformes en ligne. En pratique, les réseaux sociaux, les plateformes vidéo et les grandes places de marché que vous utilisez au quotidien sont en principe soumis à l'obligation.

03 — Le contenu

Ce que contient un rapport de transparence

Le texte est dense. Les cinq points qu'il énumère correspondent à cinq questions simples.

a

Que demandent les autorités ?

Le nombre d'injonctions reçues des autorités judiciaires ou administratives des États membres : ordres d'agir contre un contenu illicite (article 9 du DSA) ou de fournir des informations sur un utilisateur (article 10 du DSA). Le rapport les classe par type de contenu et par État membre, et indique en combien de temps la plateforme y donne suite.
b

Que deviennent les signalements ?

Pour les hébergeurs, le nombre de contenus signalés comme illicites par les utilisateurs (article 16 du DSA), dont ceux qui proviennent des signaleurs de confiance, les suites données, la part traitée de manière automatisée et le délai médian de traitement. Le rapport doit aussi préciser si la plateforme a agi sur le fondement de la loi ou de ses propres conditions générales.
c

Que modère la plateforme d'elle-même ?

Une grande partie de la modération ne fait suite à aucun signalement : la plateforme détecte elle-même les contenus, souvent grâce à des outils automatisés. Le rapport doit décrire cette modération « de sa propre initiative » : le nombre et le type de mesures prises (retrait, baisse de visibilité, suspension…), classées par motif et par méthode de détection, ainsi que la formation et l'assistance apportées aux modérateurs.
d

Que deviennent les contestations ?

Le nombre de réclamations reçues contre des décisions de modération, leur fondement, les décisions prises, le délai médian pour y répondre, et surtout le nombre de décisions infirmées, c'est-à-dire annulées ou corrigées par la plateforme après réclamation. Pour les plateformes en ligne, il s'agit des réclamations déposées dans le système interne de l'article 20 du DSA.
e

Quelle place pour les machines ?

Tout recours à des outils automatisés de modération doit être décrit : à quoi ils servent, avec quelle précision et quel taux d'erreur possible, et quelles garanties les encadrent. C'est l'une des rares sources publiques sur la fiabilité de la modération automatisée.

Le texte précise « selon le cas » : chaque fournisseur ne renseigne que les points qui correspondent à son activité. Un service d'accès à internet, par exemple, ne reçoit pas de signalements au sens de l'article 16 du DSA.

🔎
Le « délai médian », en clair
Le délai médian est le délai qui sépare les dossiers en deux moitiés : la moitié a été traitée plus vite, l'autre moitié plus lentement. Un délai médian de deux jours ne signifie donc pas que toutes les réclamations reçoivent une réponse en deux jours.
04 — Les plateformes en ligne

Les informations supplémentaires des plateformes en ligne

Les plateformes en ligne, comme les réseaux sociaux ou les places de marché, doivent compléter leur rapport sur deux points.

1

Les litiges soumis à un organisme indépendant

Le nombre de litiges portés devant un organisme de règlement extrajudiciaire certifié (article 21 du DSA), leurs résultats, la durée médiane des procédures et la proportion de décisions de l'organisme que la plateforme a effectivement mises en œuvre.
2

Les suspensions pour abus

Le nombre de suspensions prononcées au titre de l'article 23 du DSA, en distinguant trois cas : la publication fréquente de contenus manifestement illicites, l'envoi de signalements manifestement infondés et le dépôt de réclamations manifestement infondées.

L'article 24 du DSA impose aussi aux plateformes en ligne et aux moteurs de recherche de publier, au moins tous les six mois, le nombre moyen de leurs utilisateurs actifs par mois dans l'Union. C'est ce chiffre qui permet de savoir si un service dépasse le seuil des très grandes plateformes.

🗄️
À ne pas confondre : la base de données des exposés des motifs
Les plateformes en ligne doivent également transmettre à la Commission européenne leurs décisions de modération et les exposés des motifs correspondants, sans données personnelles (article 24, paragraphe 5, du DSA). Ils alimentent la base de données de transparence du DSA, consultable par tous. Le rapport de transparence, lui, présente des chiffres agrégés sur une période.
05 — Les très grandes plateformes

Les obligations renforcées des très grandes plateformes

Les très grandes plateformes en ligne et les très grands moteurs de recherche sont ceux qui comptent en moyenne au moins 45 millions d'utilisateurs actifs par mois dans l'Union et que la Commission européenne a désignés comme tels (article 33 du DSA). Pour eux, l'article 42 du DSA renforce l'obligation sur plusieurs points.

1

Un rapport tous les six mois

Au lieu d'un rapport annuel, ils publient au moins deux rapports par an.
2

Les moyens humains consacrés à la modération

Le rapport doit indiquer les ressources humaines consacrées à la modération des contenus dans l'Union, ventilées par langue officielle, ainsi que les qualifications, les connaissances linguistiques, la formation et l'accompagnement des modérateurs. Vous pouvez ainsi savoir combien de personnes modèrent les contenus dans votre langue.
3

La précision des outils automatisés, langue par langue

Les indicateurs de précision des outils automatisés prévus à l'article 15, paragraphe 1, point e), du DSA doivent être ventilés par langue officielle des États membres.
4

Le nombre d'utilisateurs dans chaque pays

Le rapport indique le nombre mensuel moyen d'utilisateurs du service dans chaque État membre.

Ces rapports doivent être publiés dans au moins une des langues officielles des États membres. La Commission tient à jour la liste des services désignés.

06 — Le format

Un format commun et un calendrier harmonisé

Pendant les premières années d'application du DSA, chaque plateforme présentait ses chiffres à sa manière et sur ses propres périodes, ce qui rendait les comparaisons difficiles. La Commission a donc adopté le règlement d'exécution (UE) 2024/2835 du 4 novembre 2024, qui fixe des modèles communs.

1

Des modèles identiques pour tous

Un modèle chiffré, lisible par une machine, et un modèle de descriptions qualitatives. Les catégories de contenus et de motifs sont les mêmes pour tous les fournisseurs, ce qui permet de comparer les plateformes entre elles.
2

Des périodes communes

L'année civile, du 1er janvier au 31 décembre, pour les rapports annuels. Pour les très grandes plateformes et les très grands moteurs de recherche, deux semestres : du 1er janvier au 30 juin et du 1er juillet au 31 décembre.
3

Une publication dans les deux mois

Les rapports doivent être publiés au plus tard deux mois après la fin de la période couverte.

Les fournisseurs collectent leurs données selon ces modèles depuis le 1er juillet 2025. Les premiers rapports harmonisés ont été publiés au début de l'année 2026.

07 — Les sources

Où trouver les rapports de transparence

L'article 15 du DSA exige que les rapports soient publics et facilement accessibles, mais ne dit pas où les publier. Vous les trouverez en général à l'un de ces endroits.

1

Sur le site de la plateforme

La plupart des grandes plateformes regroupent leurs rapports dans un « centre de transparence » ou une page « rapports réglementaires », souvent accessible depuis le bas de page ou depuis la rubrique d'aide. Une recherche « [nom de la plateforme] rapport de transparence DSA » suffit généralement.
2

Sur le site de la Commission européenne

3

Sur l'observatoire des plateformes de Resolve Center

L'observatoire des plateformes reprend, plateforme par plateforme, les principaux chiffres des rapports de transparence : réclamations, décisions infirmées, délais, modérateurs, litiges soumis aux organismes de règlement extrajudiciaire. Les données sont présentées telles qu'elles ont été publiées, sans commentaire.
08 — En pratique

Ce que les rapports peuvent vous apporter

Un rapport de transparence peut sembler réservé aux spécialistes. Pourtant, quelques chiffres suffisent à éclairer votre situation.

1

Comprendre comment la plateforme modère

Quelle part des mesures est prise à la suite d'un signalement, et quelle part à l'initiative de la plateforme ? Quelle part est détectée par des outils automatisés ? Pour quels motifs la plateforme agit-elle le plus souvent ?
2

Savoir si une réclamation a des chances d'aboutir

En rapprochant le nombre de décisions infirmées du nombre de réclamations reçues, vous obtenez un ordre de grandeur de la part des contestations qui aboutissent. Le délai médian vous indique aussi combien de temps attendre une réponse, en général.
3

Mesurer la place de l'humain

Les indicateurs de précision et le taux d'erreur des outils automatisés, et pour les très grandes plateformes le nombre de modérateurs par langue, montrent quelle place la plateforme laisse à l'examen humain.
4

Connaître les suites des recours extérieurs

Les plateformes en ligne indiquent combien de litiges ont été soumis à un organisme de règlement extrajudiciaire, avec quels résultats, et dans quelle proportion elles ont mis en œuvre les décisions de l'organisme.
⚠️
Des chiffres globaux, pas une preuve dans votre dossier

Un rapport de transparence ne contient aucune donnée sur votre compte ni sur votre contenu. Il ne prouve pas que la décision prise à votre égard est erronée : ce sont les éléments de votre dossier qui le feront. Utilisez ces chiffres comme un éclairage, en citant toujours la plateforme, le rapport et la période dont ils proviennent.

Comparez aussi les plateformes avec prudence : leur taille, leurs services et leurs méthodes de détection diffèrent. Les modèles harmonisés applicables depuis 2025 rendent toutefois les comparaisons plus fiables.

📣
Et si le rapport est introuvable ?
Si une plateforme soumise à l'article 15 du DSA ne publie aucun rapport, ou publie un rapport incomplet, vous pouvez le signaler au coordinateur pour les services numériques de votre pays (article 53 du DSA). La Commission européenne publie la liste des coordinateurs de tous les États membres.
09 — Cas pratique

Un exemple concret

Le compte que vous utilisez pour votre activité de création sur un réseau social est suspendu. L'exposé des motifs indique que la décision fait suite à une détection automatisée. Avant de rédiger votre réclamation, vous consultez le rapport de transparence de la plateforme. Selon la façon dont vous utilisez ses chiffres, ils renforceront votre réclamation ou la desserviront.

✕ Usage maladroit
« Votre propre rapport montre que vous annulez des milliers de décisions chaque semestre. C'est bien la preuve que votre modération ne fonctionne pas et que ma suspension est injustifiée. »
  • La décision contestée n'est pas identifiée
  • Les chiffres ne sont ni précis ni sourcés
  • Des chiffres globaux sont présentés comme une preuve dans votre cas
  • Aucune demande précise
✓ Usage pertinent
« Le [date], vous avez suspendu mon compte @[identifiant] (référence [n°]). Votre exposé des motifs indique que cette décision repose sur une détection automatisée. Or, selon votre rapport de transparence pour la période [période], [nombre] décisions ont été infirmées après réclamation, et vous indiquez pour vos outils automatisés un taux d'erreur de [x] % dans cette catégorie de contenus. Mon contenu relève de [expliquer le contexte]. Je vous demande que ma réclamation soit examinée sous le contrôle d'une personne qualifiée, et non uniquement par des moyens automatisés (article 20, paragraphe 6, du DSA), et que mon compte soit rétabli. »
  • Décision identifiée
  • Chiffres cités avec leur source et leur période
  • Chiffres utilisés comme contexte, à côté des éléments du dossier
  • Demande précise, fondée sur le DSA

Les chiffres du rapport ne suffisent pas à démontrer que votre suspension est injustifiée. Mais ils rappellent que la détection automatisée peut se tromper, et donnent du poids à votre demande d'examen humain.

10 — Vos questions

Questions fréquentes sur l'article 15 du DSA

Presque toutes. Seules les micro et petites entreprises en sont dispensées, à condition de ne pas avoir été désignées comme très grandes plateformes en ligne (article 15, paragraphe 2, du DSA). Les très grandes plateformes, elles, doivent publier un rapport au moins tous les six mois (article 42 du DSA).

Non. Il présente des chiffres agrégés sur une période donnée, sans données personnelles. Pour votre cas, c'est l'exposé des motifs qui doit vous expliquer la décision prise à votre égard (article 17 du DSA).

Au moins une fois par an pour la plupart des fournisseurs (article 15, paragraphe 1, du DSA), et au moins tous les six mois pour les très grandes plateformes et les très grands moteurs de recherche (article 42, paragraphe 1, du DSA). Depuis le règlement d'exécution (UE) 2024/2835, les périodes sont communes : l'année civile, ou les deux semestres de l'année pour les très grandes plateformes. Les rapports doivent être publiés dans les deux mois qui suivent la fin de la période.

C'est une décision de modération sur laquelle la plateforme est revenue après une réclamation : contenu rétabli, compte réactivé, restriction levée. L'article 15, paragraphe 1, point d), du DSA impose d'en publier le nombre.

Pas nécessairement. L'article 15 du DSA ne fixe pas de langue. Les très grandes plateformes doivent publier leurs rapports dans au moins une des langues officielles des États membres (article 42, paragraphe 2, du DSA), ce qui peut être l'anglais. Les modèles harmonisés facilitent toutefois la lecture des chiffres, quelle que soit la langue.

Les rapports sont publiés sous la responsabilité de chaque fournisseur. Les très grandes plateformes et les très grands moteurs de recherche font en outre l'objet, au moins une fois par an, d'un audit indépendant sur le respect de leurs obligations au titre du DSA (article 37 du DSA). Le respect de l'article 15 du DSA est surveillé par les coordinateurs pour les services numériques et, pour les très grandes plateformes, par la Commission européenne.

Oui, à condition d'en indiquer la source et la période, et de les présenter comme un éclairage plutôt que comme une preuve. Ils sont surtout utiles pour appuyer une demande d'examen humain, dans une réclamation interne (article 20 du DSA) ou devant un organisme de règlement extrajudiciaire (article 21 du DSA).

Texte officiel et sources

Articles