Article 53 du DSA :
Déposer une plainte contre une plateforme
Signalements ignorés, réclamations sans réponse, compte supprimé sans explication, aucun moyen de contacter le service : lorsqu'une plateforme ne respecte pas ses obligations, l'article 53 du DSA (Digital Services Act) vous permet de le signaler à une autorité publique, le coordinateur pour les services numériques de votre pays. Voici qui peut porter plainte, auprès de qui, ce que devient la plainte et ce qu'elle ne peut pas faire.
- 01Ce que l'article 53 du DSA vous permet
- 02Qui peut porter plainte ?
- 03Contre qui, et pour quels manquements ?
- 04Auprès de quelle autorité ?
- 05Ce que devient votre plainte
- 06Vos droits pendant la procédure
- 07Ce que la plainte ne fait pas
- 08Préparer une plainte utile
- 09Un exemple concret
- 10Questions fréquentes sur l'article 53 du DSA
- Tout utilisateur peut porter plainte contre un service en ligne qui ne respecte pas le DSA, lui-même ou par l'intermédiaire d'un représentant qu'il mandate.
- La plainte se dépose auprès du coordinateur pour les services numériques du pays où vous vous trouvez. La Commission européenne publie la liste des coordinateurs de tous les États membres.
- Le coordinateur évalue la plainte et la transmet, si nécessaire, à l'autorité compétente, souvent celle du pays où la plateforme est établie.
- La plainte vise le manquement de la plateforme. Elle ne règle pas votre litige personnel : pour récupérer un compte ou un contenu, d'autres voies existent.
Ce que l'article 53 du DSA vous permet
Le DSA impose de nombreuses obligations aux services en ligne : offrir un point de contact (article 12 du DSA), traiter les signalements (article 16 du DSA), motiver les décisions de modération (article 17 du DSA), examiner les réclamations (article 20 du DSA)… Mais que faire lorsqu'une plateforme ne les respecte pas ?
L'article 53 du DSA vous donne un droit précis : celui de porter plainte auprès d'une autorité publique, chargée de veiller au respect du règlement.
Les destinataires du service, ainsi que tout organisme, organisation ou association ayant reçu mandat pour exercer les droits conférés par le présent règlement pour leur compte, ont le droit d'introduire une plainte à l'encontre de fournisseurs de services intermédiaires en invoquant une infraction au présent règlement auprès du coordinateur pour les services numériques de l'État membre dans lequel le destinataire du service est situé ou est établi. Le coordinateur pour les services numériques évalue la plainte et, le cas échéant, la transmet au coordinateur pour les services numériques de l'État membre d'établissement, accompagnée d'un avis lorsqu'il le juge approprié. Lorsque la plainte relève de la responsabilité d'une autre autorité compétente au sein de son État membre, le coordinateur pour les services numériques qui reçoit la plainte la transmet à cette autorité. Au cours de cette procédure, les deux parties ont le droit d'être entendues et de recevoir des informations appropriées sur l'état de la plainte, conformément au droit national.
La réclamation s'adresse à la plateforme. La plainte s'adresse à l'autorité qui la contrôle.
C'est un point essentiel. Lorsque vous contestez une décision de modération, vous discutez avec la plateforme elle-même, ou avec un organisme de règlement extrajudiciaire. Avec l'article 53 du DSA, vous alertez le régulateur : vous lui signalez qu'un service ne respecte pas la loi, pour qu'il puisse vérifier et, le cas échéant, agir.
Qui peut porter plainte ?
L'article 53 du DSA ouvre la plainte à deux catégories de personnes.
Les destinataires du service
Les représentants mandatés
Vous pouvez aussi confier votre plainte à un représentant, en lui donnant mandat d'agir pour votre compte. Dans tous les États membres, le DSA vous garantit au moins le droit de mandater un organisme, une organisation ou une association qui remplit trois conditions (article 86 du DSA) :
- elle agit sans but lucratif ;
- elle a été régulièrement constituée selon le droit d'un État membre ;
- ses statuts prévoient un intérêt légitime à faire respecter le DSA.
Ce socle n'est pas exclusif. Le DSA s'applique sans préjudice des autres formes de représentation prévues par le droit national. Selon les règles du pays de l'autorité saisie, vous pouvez aussi, par exemple, vous faire représenter par un avocat.
Sans préjudice de la directive (UE) 2020/1828 ou de tout autre type de représentation au titre du droit national, les destinataires de services intermédiaires ont à tout le moins le droit de mandater un organisme, une organisation ou une association pour exercer les droits conférés par le présent règlement pour leur compte, pour autant que cet organisme, cette organisation ou cette association remplisse toutes les conditions suivantes […]
Le considérant 149 du DSA le confirme : ce droit de mandater un représentant couvre notamment le dépôt de plaintes contre les fournisseurs pour infraction au règlement, et s'ajoute aux autres types de représentation prévus par le droit national.
Contre qui, et pour quels manquements ?
La plainte peut viser n'importe quel fournisseur de services intermédiaires, quelle que soit sa taille.
Le DSA regroupe sous ce terme trois catégories de services : le simple transport (accès à internet, réseaux privés virtuels), la mise en cache (réseaux de diffusion de contenus) et l'hébergement, qui stocke les contenus que vous lui confiez.
Parmi les hébergeurs, les plateformes en ligne diffusent en plus ces contenus au public : réseaux sociaux, plateformes vidéo, places de marché, sites d'annonces. Pour simplifier, ce guide parle le plus souvent de « plateforme ».
La plainte doit invoquer une infraction au DSA, c'est-à-dire le non-respect de l'une des obligations du règlement. Par exemple :
Impossible de joindre le service
Des signalements sans suite
Des décisions non motivées
Des réclamations ignorées
D'autres obligations du règlement
Auprès de quelle autorité ?
La plainte se dépose auprès du coordinateur pour les services numériques de l'État membre dans lequel vous êtes situé ou établi. Autrement dit : dans votre pays, même si la plateforme est établie ailleurs dans l'Union.
Chaque État membre a désigné son coordinateur. C'est une autorité publique indépendante, chargée de surveiller les services en ligne et de faire appliquer le DSA (article 49 du DSA).
Trouver le coordinateur de votre pays
Pas besoin de trouver la « bonne » autorité
Dans votre langue
Ce que devient votre plainte
Le coordinateur qui reçoit votre plainte n'est pas forcément celui qui la traitera. L'article 53 du DSA organise son parcours.
Vos droits pendant la procédure
La dernière phrase de l'article 53 du DSA accorde deux garanties, aux deux parties : vous, et le fournisseur visé.
Le droit d'être entendu
Le droit d'être informé
Ces deux droits s'exercent « conformément au droit national ». Lorsque votre plainte est transmise à un autre pays, deux droits nationaux se succèdent : celui de votre autorité pour l'évaluation et la transmission, puis celui de l'autorité qui instruit la plainte. Par exemple, un utilisateur belge qui se plaint d'une plateforme établie en Irlande dépose sa plainte auprès de l'IBPT, selon les règles belges ; si l'IBPT la transmet à Coimisiún na Meán, le coordinateur irlandais, la suite relève du droit irlandais.
Le DSA ne fixe aucun délai de traitement des plaintes. Si votre plainte est transmise, demandez à votre coordinateur à quelle autorité et sous quelle référence : cela vous permettra d'en suivre l'état.
Ce que la plainte ne fait pas
La plainte de l'article 53 du DSA est un outil de contrôle des plateformes. Elle ne remplace pas les recours qui permettent de régler votre situation personnelle.
- Vise le non-respect du DSA par le fournisseur
- Peut conduire à une enquête, à une injonction ou à une sanction
- Ne rétablit pas, par elle-même, votre compte ou votre contenu
- N'ouvre pas droit à une indemnisation
- Réclamation interne auprès de la plateforme (article 20 du DSA)
- Organisme de règlement extrajudiciaire certifié (article 21 du DSA)
- Action devant le juge, y compris pour demander réparation (article 54 du DSA)
Les deux démarches sont complémentaires et peuvent être menées en même temps. Si votre compte a été suspendu sans explication, vous pouvez contester la suspension par les recours individuels, et signaler au coordinateur l'absence d'exposé des motifs.
Les destinataires du service ont le droit de demander réparation aux fournisseurs de services intermédiaires, conformément au droit de l'Union et au droit national, pour les dommages ou pertes subis en raison d'une violation par lesdits fournisseurs des obligations qui leur incombent au titre du présent règlement.
Si le manquement de la plateforme vous a causé un préjudice, par exemple une perte de revenus, c'est l'article 54 du DSA qui permet d'en demander réparation, devant le juge, selon les règles de votre droit national.
Préparer une plainte utile
Une plainte précise et documentée a beaucoup plus de chances d'être exploitée. Un message vague, sans faits datés ni pièces, risque d'être classé comme un simple signalement plutôt que traité comme une plainte.
Un exemple concret
Vous résidez en France. Votre compte sur un réseau social a été suspendu. Vous avez soumis le litige à un organisme de règlement extrajudiciaire certifié, qui a rendu une décision en votre faveur : selon lui, la plateforme devrait rétablir votre compte. Plusieurs semaines plus tard, rien n'a changé. Vous décidez d'écrire à l'Arcom, le coordinateur pour les services numériques français. Selon la façon dont vous rédigez votre plainte, l'autorité pourra, ou non, l'exploiter.
- La demande porte sur le rétablissement du compte, que l'autorité ne peut pas imposer
- Le pays où vous êtes situé n'est pas indiqué
- La décision de l'organisme n'est pas jointe
- Rien ne prouve que la décision n'a pas été mise en œuvre
- Pays de résidence indiqué
- Service, compte et organisme identifiés
- Décision et preuves de non-exécution jointes
- Demande conforme au rôle de l'autorité : signaler un possible manquement
Dans une telle situation, le coordinateur ne peut pas contraindre la plateforme à exécuter la décision : l'organisme de règlement extrajudiciaire rend une décision non contraignante (article 21 du DSA). En revanche, les éléments transmis peuvent faire naître des soupçons de manquement et alimenter la surveillance de la plateforme, y compris par la Commission européenne lorsqu'il s'agit d'une très grande plateforme. Pour obtenir le rétablissement du compte lui-même, il reste la voie judiciaire.
Questions fréquentes sur l'article 53 du DSA
Pas directement. La plainte de l'article 53 du DSA vise le manquement de la plateforme à ses obligations, pas votre litige personnel. Pour contester la décision elle-même, utilisez la réclamation interne (article 20 du DSA), un organisme de règlement extrajudiciaire certifié (article 21 du DSA) ou le juge.
Non. L'article 53 du DSA n'impose aucune démarche préalable. Mais si vous avez déjà signalé un contenu ou déposé une réclamation, joignez-en la trace : cela montre que la plateforme a eu l'occasion de réagir.
Non. Vous déposez la plainte auprès du coordinateur du pays où vous êtes situé ou établi (article 53 du DSA). C'est lui qui la transmet, si nécessaire, au coordinateur du pays d'établissement de la plateforme.
Oui, à condition de lui donner mandat. Le DSA distingue deux situations.
Un droit garanti partout : dans tous les États membres, vous avez au moins le droit de mandater un organisme, une organisation ou une association qui remplit les trois conditions de l'article 86 du DSA : être sans but lucratif, être régulièrement constitué selon le droit d'un État membre, et avoir pour objet statutaire un intérêt légitime à faire respecter le DSA.
Les autres représentants : ces conditions ne s'imposent pas à tous les représentants. Le DSA laisse ouvertes les autres formes de représentation prévues par le droit national. Un avocat, ou une organisation qui ne remplit pas ces conditions, peut donc aussi vous représenter si le droit du pays de l'autorité saisie le permet.
Le DSA ne fixe aucun délai. Il prévoit seulement que les deux parties ont le droit d'être entendues et de recevoir des informations appropriées sur l'état de la plainte, conformément au droit national (article 53 du DSA).
L'article 53 du DSA prévoit une plainte auprès du coordinateur de votre pays ; il ne prévoit pas de transmission à la Commission. Mais lorsqu'il soupçonne un manquement d'une très grande plateforme relevant de la Commission, un coordinateur peut lui demander d'examiner la situation (article 65 du DSA).
La Commission indique par ailleurs qu'elle reçoit des informations sur les problèmes systémiques des très grandes plateformes à l'adresse CNECT-DSA-COMPLAINTS@ec.europa.eu.
Le coordinateur est une autorité publique qui contrôle le respect du DSA par les plateformes. L'organisme de règlement extrajudiciaire certifié examine un litige précis entre vous et la plateforme, à propos d'une décision de modération, et rend une décision non contraignante (article 21 du DSA). Les deux démarches peuvent être menées en parallèle.
Ce que prévoit l'article 53 du DSA
Guides liés
Texte officiel et sources
- Règlement (UE) 2022/2065 sur les services numériques (Digital Services Act - DSA)
- Liste des coordinateurs pour les services numériques, Commission européenne
- Les droits des utilisateurs au titre du DSA, Commission européenne
Articles
- Article 12 du DSA : points de contact pour les destinataires du service
- Article 16 du DSA : mécanismes de notification et d'action
- Article 17 du DSA : exposé des motifs
- Article 20 du DSA : système interne de traitement des réclamations
- Article 21 du DSA : règlement extrajudiciaire des litiges
- Article 49 du DSA : autorités compétentes et coordinateurs pour les services numériques
- Article 52 du DSA : sanctions
- Article 54 du DSA : indemnisation
- Article 56 du DSA : compétences
- Article 65 du DSA : exécution des obligations des fournisseurs de très grandes plateformes en ligne et de très grands moteurs de recherche en ligne
- Article 86 du DSA : représentation
- Considérant 149 du DSA : droit de mandater un représentant