Article 42 du DSA :
Lire les rapports de transparence des très grandes plateformes
Combien de personnes modèrent les contenus en français sur un grand réseau social ? Combien d'utilisateurs compte-t-il dans votre pays ? Quels risques a-t-il identifiés, et qu'en pense son auditeur ? L'article 42 du DSA (Digital Services Act) oblige les très grandes plateformes à publier un rapport de transparence tous les six mois, plus détaillé que celui des autres services, et à rendre publics leurs rapports sur les risques et sur l'audit. Voici ce que contiennent ces documents, où les trouver et comment les lire.
- 01Ce que l'article 42 du DSA impose
- 02Qui est concerné ?
- 03Un rapport tous les six mois
- 04Les modérateurs, langue par langue
- 05Le nombre d'utilisateurs dans chaque pays
- 06Les rapports sur les risques et sur l'audit
- 07Les informations qui peuvent être retirées
- 08Où trouver et comment lire ces rapports
- 09Un exemple concret
- 10Questions fréquentes sur l'article 42 du DSA
- L'article 42 du DSA s'applique aux très grandes plateformes et aux très grands moteurs de recherche : au moins 45 millions d'utilisateurs actifs par mois dans l'Union et une désignation par la Commission européenne.
- Ils publient un rapport de transparence au moins tous les six mois, sur des semestres communs, dans les deux mois qui suivent la fin de chaque semestre.
- Ce rapport ajoute le nombre de modérateurs par langue officielle, leurs qualifications, la précision des outils automatisés langue par langue et le nombre d'utilisateurs dans chaque pays.
- Ils doivent aussi rendre publics leurs rapports d'évaluation des risques, leurs mesures d'atténuation et leurs rapports d'audit, au plus tard trois mois après avoir reçu le rapport d'audit.
Ce que l'article 42 du DSA impose
Presque tous les services en ligne doivent publier, au moins une fois par an, un rapport de transparence sur leur modération des contenus : c'est l'objet de l'article 15 du DSA. Les plateformes en ligne y ajoutent quelques informations prévues par l'article 24 du DSA.
Les services les plus utilisés dans l'Union vont plus loin. L'article 42 du DSA leur impose une transparence renforcée, en cinq paragraphes.
Un rythme plus soutenu
Les moyens humains de la modération
Les utilisateurs pays par pays
Les risques et l'audit
Une exception encadrée
Plus un service est utilisé, plus il doit rendre de comptes sur sa modération et sur les risques qu'il présente.
Ce guide ne revient pas en détail sur le contenu de base d'un rapport de transparence (signalements, réclamations, décisions infirmées, outils automatisés) : il est présenté dans le guide consacré à l'article 15 du DSA. Il se concentre sur ce que l'article 42 du DSA ajoute.
Qui est concerné ?
L'article 42 du DSA ne s'adresse qu'à une catégorie restreinte de services : les très grandes plateformes en ligne et les très grands moteurs de recherche en ligne.
Une plateforme en ligne est un service qui stocke les contenus de ses utilisateurs et les diffuse au public : réseau social, plateforme vidéo, place de marché, boutique d'applications… Un moteur de recherche en ligne permet de faire des recherches sur, en principe, tous les sites internet.
Ils deviennent « très grands » lorsque deux conditions sont réunies : ils comptent en moyenne au moins 45 millions d'utilisateurs actifs par mois dans l'Union, soit environ 10 % de sa population, et la Commission européenne les a désignés comme tels par une décision (article 33 du DSA). Le seul dépassement du seuil ne suffit pas : tant qu'il n'y a pas de désignation, l'article 42 du DSA ne s'applique pas.
Dans la suite de ce guide, « très grandes plateformes » désigne, pour simplifier, à la fois les très grandes plateformes en ligne et les très grands moteurs de recherche en ligne, sauf précision contraire.
La présente section s'applique aux plateformes en ligne et aux moteurs de recherche en ligne qui ont un nombre mensuel moyen de destinataires actifs du service dans l'Union égal ou supérieur à 45 millions, et qui sont désignés comme des très grandes plateformes en ligne ou des très grands moteurs de recherche en ligne en vertu du paragraphe 4.
Les obligations s'appliquent quatre mois après la notification de la décision de désignation au fournisseur (article 33, paragraphe 6, du DSA). Elles cessent de s'appliquer si la Commission met fin à la désignation, par exemple parce que le service est resté sous le seuil pendant un an sans interruption (article 33, paragraphe 5, du DSA).
La Commission tient à jour la liste officielle des services désignés. Vous y trouverez, service par service, le fournisseur concerné, la date de la désignation et le nombre d'utilisateurs retenu.
Un rapport tous les six mois
Les fournisseurs de très grandes plateformes en ligne ou de très grands moteurs de recherche en ligne publient les rapports visés à l'article 15 au plus tard deux mois à compter de la date d'application visée à l'article 33, paragraphe 6, deuxième alinéa, puis au moins tous les six mois.
Concrètement, un service nouvellement désigné publie son premier rapport au plus tard deux mois après que les obligations ont commencé à s'appliquer, c'est-à-dire environ six mois après sa désignation. Il en publie ensuite un nouveau au moins tous les six mois.
Le contenu de base de ces rapports est celui de l'article 15 du DSA : injonctions des autorités, signalements, modération menée de la propre initiative de la plateforme, réclamations et décisions infirmées, recours aux outils automatisés. S'y ajoutent les informations de l'article 24 du DSA sur les litiges soumis aux organismes de règlement extrajudiciaire et sur les suspensions pour abus.
Un calendrier commun à tous les services désignés
Depuis le règlement d'exécution (UE) 2024/2835 de la Commission du 4 novembre 2024, les rapports suivent des modèles communs et des périodes harmonisées.
Deux semestres par an
Une publication dans les deux mois
Les mêmes modèles pour tous
Selon la Commission européenne, les premiers rapports harmonisés ont été publiés en février 2026.
Les modérateurs, langue par langue
Outre les informations visées à l'article 15 et à l'article 24, paragraphe 1, les rapports visés au paragraphe 1 du présent article, publiés par les fournisseurs de très grandes plateformes en ligne, précisent:
a) les ressources humaines que le fournisseur de très grandes plateformes en ligne consacre à la modération des contenus en ce qui concerne le service proposé dans l'Union, ventilées par langue officielle concernée des États membres, y compris pour le respect des obligations énoncées aux articles 16 et 22 et de celles énoncées à l'article 20;
b) les qualifications et les connaissances linguistiques des personnes accomplissant les activités visées au point a) ainsi que la formation et l'accompagnement qui leur sont apportés;
c) les indicateurs de précision et les informations y afférentes visés à l'article 15, paragraphe 1, point e), ventilés par langue officielle des États membres.
Les rapports sont publiés dans au moins une des langues officielles des États membres.
C'est l'apport le plus concret de l'article 42 du DSA pour un utilisateur : il permet de savoir quels moyens humains la plateforme consacre aux contenus publiés dans votre langue.
Combien de personnes modèrent, et dans quelle langue ?
Avec quelles compétences ?
Les machines se trompent-elles plus dans certaines langues ?
Le nombre d'utilisateurs dans chaque pays
En plus des informations visées à l'article 24, paragraphe 2, les fournisseurs de très grandes plateformes en ligne ou de très grands moteurs de recherche en ligne incluent, dans les rapports visés au paragraphe 1 du présent article, des informations sur le nombre mensuel moyen de destinataires du service dans chaque État membre.
Toutes les plateformes en ligne et tous les moteurs de recherche doivent publier, au moins tous les six mois, le nombre moyen de leurs utilisateurs actifs par mois dans l'ensemble de l'Union (article 24, paragraphe 2, du DSA). C'est ce chiffre qui permet de savoir si un service dépasse le seuil de 45 millions.
Les très grandes plateformes doivent aller plus loin et indiquer ce nombre pour chaque État membre. Vous savez ainsi combien d'utilisateurs le service compte, en moyenne, dans votre pays.
Ce chiffre est surtout utile pour mettre en perspective les autres données du rapport, par exemple le nombre de modérateurs qui travaillent dans votre langue.
Les rapports sur les risques et sur l'audit
Les très grandes plateformes doivent, au moins une fois par an, évaluer les « risques systémiques » de leur service, c'est-à-dire ses effets possibles sur la société : diffusion de contenus illicites, atteintes aux droits fondamentaux, effets sur le débat public, sur la santé publique ou sur la protection des mineurs (article 34 du DSA). Elles doivent ensuite prendre des mesures pour réduire ces risques (article 35 du DSA) et se soumettre, au moins une fois par an, à un audit indépendant (article 37 du DSA).
L'article 42 du DSA organise la transparence de ces documents. Le considérant 100 du DSA en donne la raison : compte tenu des risques supplémentaires liés à leurs activités et de leurs obligations supplémentaires, ces services doivent rendre compte de manière complète des évaluations des risques réalisées et des mesures adoptées.
Les fournisseurs de très grandes plateformes en ligne ou de très grands moteurs de recherche en ligne transmettent au coordinateur pour les services numériques de l'État membre d'établissement et à la Commission, sans retard injustifié dès leur achèvement, et mettent à la disposition du public au plus tard trois mois après la réception de chaque rapport d'audit conformément à l'article 37, paragraphe 4:
a) un rapport exposant les résultats de l'évaluation des risques au titre de l'article 34;
b) les mesures spécifiques d'atténuation mises en place en vertu de l'article 35, paragraphe 1;
c) le rapport d'audit prévu à l'article 37, paragraphe 4;
d) le rapport de mise en œuvre des recommandations d'audit prévu à l'article 37, paragraphe 6;
e) s'il y a lieu, les informations relatives aux consultations menées par le fournisseur pour les besoins des évaluations des risques et de la conception des mesures d'atténuation des risques.
Le texte prévoit deux étapes distinctes.
Concrètement, les cinq documents à publier sont les suivants.
Le rapport d'évaluation des risques
Les mesures d'atténuation
Le rapport d'audit
Le rapport de mise en œuvre de l'audit
Les consultations
Le rapport de transparence dit ce que la plateforme a fait ; les rapports sur les risques et l'audit disent ce qu'elle a identifié, et ce qu'un auditeur en pense.
Les informations qui peuvent être retirées
Lorsqu'un fournisseur de très grandes plateformes en ligne ou de très grands moteurs de recherche en ligne considère que la publication d'informations conformément au paragraphe 4 pourrait mener à la divulgation d'informations confidentielles de ce fournisseur ou des destinataires du service, entraîner d'importantes vulnérabilités pour la sécurité de son service, porter atteinte à la sécurité publique ou nuire aux destinataires, il peut retirer ces informations des rapports accessibles au public. Dans ce cas, le fournisseur transmet les rapports complets au coordinateur pour les services numériques de l'État membre d'établissement et à la Commission, accompagnés d'un exposé des motifs pour lesquels ces informations ont été retirées des rapports accessibles au public.
Certains passages d'un rapport sur les risques ou d'un rapport d'audit pourraient, s'ils étaient publiés, aider des personnes malveillantes à contourner la modération ou révéler des secrets d'affaires. Le DSA permet donc au fournisseur de les retirer de la version publique, dans quatre cas :
Des informations confidentielles
Des failles de sécurité
La sécurité publique
Un risque pour les utilisateurs
Le retrait ne concerne que la version publique. Le fournisseur doit transmettre les rapports complets au coordinateur pour les services numériques et à la Commission, avec un exposé des motifs justifiant chaque retrait. Les autorités disposent donc de l'intégralité des documents.
Cette possibilité vise les documents du paragraphe 4 (risques, mesures d'atténuation, audit, consultations). Les versions publiques peuvent donc comporter des passages masqués : c'est prévu par le texte, et cela ne signifie pas, à lui seul, un manquement.
Où trouver et comment lire ces rapports
Où les trouver
Sur le site de la Commission européenne
Sur le site de la plateforme
Sur l'observatoire des plateformes de Resolve Center
Comment lire un rapport, étape par étape
Un rapport de très grande plateforme peut compter des dizaines de pages et des tableaux de données. Inutile de tout lire : quelques chiffres suffisent pour éclairer votre situation.
Un rapport de transparence ne contient aucune donnée sur votre compte ni sur votre contenu. Il ne prouve pas, à lui seul, que la décision prise à votre égard est erronée : ce sont les éléments de votre dossier qui le feront. Citez toujours la plateforme, le rapport et la période dont proviennent les chiffres.
Comparez les services avec prudence : leur taille, leurs services et leurs méthodes diffèrent. Les modèles harmonisés rendent toutefois les comparaisons plus fiables qu'auparavant.
Un exemple concret
Vous publiez en français sur un réseau social désigné comme très grande plateforme. L'une de vos vidéos, à visée humoristique, est retirée ; l'exposé des motifs indique qu'elle a été détectée par un outil automatisé. Vous préparez votre réclamation et consultez le rapport de transparence semestriel de la plateforme. Selon la façon dont vous utilisez ses chiffres, ils serviront votre réclamation ou la desserviront.
- La décision contestée n'est pas identifiée
- Aucun chiffre précis, aucune source
- Des données globales présentées comme une preuve dans votre cas
- Aucune demande précise
- Décision identifiée
- Contexte linguistique expliqué
- Chiffres cités avec leur source et leur période
- Demande précise, fondée sur le DSA
Le DSA impose qu'une réclamation soit tranchée sous le contrôle de personnes dûment qualifiées, mais il ne garantit pas expressément un examen par une personne parlant votre langue. Les chiffres de l'article 42 du DSA donnent toutefois du poids à cette demande, en montrant concrètement quels moyens la plateforme consacre à votre langue.
Questions fréquentes sur l'article 42 du DSA
Les très grandes plateformes en ligne et les très grands moteurs de recherche en ligne : ceux qui comptent en moyenne au moins 45 millions d'utilisateurs actifs par mois dans l'Union et que la Commission européenne a désignés comme tels (article 33 du DSA). La Commission publie la liste des services désignés.
L'article 15 du DSA fixe le contenu de base des rapports de transparence de presque tous les services, publiés au moins une fois par an. L'article 42 du DSA impose aux très grandes plateformes un rythme semestriel, des informations supplémentaires (modérateurs par langue, précision des outils par langue, utilisateurs par pays) et la publication de leurs rapports sur les risques et sur l'audit.
Depuis le règlement d'exécution (UE) 2024/2835, ils couvrent les semestres du 1er janvier au 30 juin et du 1er juillet au 31 décembre, et sont publiés au plus tard deux mois après la fin de chaque semestre : fin août et fin février.
Oui, pour les très grandes plateformes en ligne. L'article 42, paragraphe 2, du DSA leur impose d'indiquer les ressources humaines consacrées à la modération, ventilées par langue officielle des États membres. Lisez les notes de méthode : un modérateur peut couvrir plusieurs langues, et les effectifs peuvent être comptés de différentes manières.
Sur le site de la plateforme, en général dans son centre de transparence, et sur la page de la Commission européenne qui rassemble ces documents. Ils doivent être publiés au plus tard trois mois après la réception de chaque rapport d'audit (article 42, paragraphe 4, du DSA).
L'article 42, paragraphe 5, du DSA permet de retirer de la version publique des rapports sur les risques et l'audit les informations confidentielles ou celles qui pourraient nuire à la sécurité du service, à la sécurité publique ou aux utilisateurs. La version complète doit alors être transmise au coordinateur pour les services numériques et à la Commission, avec les motifs du retrait.
Oui, à condition d'en indiquer la source et la période, et de les présenter comme un éclairage plutôt que comme une preuve. Ils peuvent appuyer une demande d'examen humain, dans une réclamation interne (article 20 du DSA) ou devant un organisme de règlement extrajudiciaire (article 21 du DSA).
Pour les très grandes plateformes et les très grands moteurs de recherche, la Commission européenne est chargée de surveiller le respect des obligations qui leur sont propres, dont celles de l'article 42 du DSA. Si un rapport vous semble manquant ou incomplet, vous pouvez aussi vous adresser au coordinateur pour les services numériques de votre pays (article 53 du DSA). La Commission européenne publie la liste des coordinateurs de chaque État membre.
Ce que l'article 42 du DSA impose aux très grandes plateformes
Guides liés
Texte officiel et sources
- Règlement (UE) 2022/2065 sur les services numériques (Digital Services Act - DSA)
- Règlement d'exécution (UE) 2024/2835 de la Commission du 4 novembre 2024 établissant des modèles pour les rapports de transparence
- Rapports de transparence, d'évaluation des risques et d'audit des très grandes plateformes et très grands moteurs de recherche, Commission européenne
- Liste des très grandes plateformes et très grands moteurs de recherche désignés, Commission européenne
- Le cadre de contrôle de l'application du DSA, Commission européenne
Articles
- Article 15 du DSA : obligations en matière de rapports de transparence incombant aux fournisseurs de services intermédiaires
- Article 16 du DSA : mécanismes de notification et d'action
- Article 20 du DSA : système interne de traitement des réclamations
- Article 21 du DSA : règlement extrajudiciaire des litiges
- Article 22 du DSA : signaleurs de confiance
- Article 24 du DSA : obligations en matière de rapports de transparence incombant aux fournisseurs de plateformes en ligne
- Article 33 du DSA : très grandes plateformes en ligne et très grands moteurs de recherche en ligne
- Article 34 du DSA : évaluation des risques
- Article 35 du DSA : atténuation des risques
- Article 37 du DSA : audit indépendant
- Article 53 du DSA : droit d'introduire une plainte