Article 20 du DSA :
Contester une décision de modération auprès de la plateforme
Contenu retiré, compte suspendu, monétisation coupée, signalement rejeté : l'article 20 du DSA (Digital Services Act) vous permet de contester la décision, gratuitement et en ligne. La plateforme doit la réexaminer, sous le contrôle d'un humain, et vous répondre de façon motivée.
- 01Ce que l'article 20 du DSA vous permet
- 02Qui peut introduire une réclamation ?
- 03Quelles décisions pouvez-vous contester ?
- 04Six mois pour agir
- 05Un système gratuit, en ligne et sans formalisme
- 06Comment votre réclamation doit être traitée ?
- 07Une décision sous contrôle humain
- 08La réponse qui vous est due, et la suite
- 09Un exemple concret
- 10Questions fréquentes sur l'article 20 du DSA
- Si une plateforme retire votre contenu, restreint sa visibilité, suspend votre compte ou coupe votre monétisation, vous pouvez contester sa décision gratuitement et en ligne.
- L'auteur d'un signalement peut aussi contester la décision prise sur celui-ci, y compris un refus d'agir.
- Vous disposez d'au moins six mois, à compter du jour où la décision vous est communiquée.
- La plateforme doit réexaminer, infirmer sa décision si votre réclamation la remet en cause, et vous répondre de façon motivée. Cette décision ne peut pas être prise uniquement par une machine.
Ce que l'article 20 du DSA vous permet
L'article 20 du DSA vous donne un droit simple : demander à la plateforme de revenir sur une décision de modération qui vous concerne.
C'est l'une des trois voies que le règlement vous ouvre pour contester une décision de modération, aux côtés du règlement extrajudiciaire des litiges devant un organisme certifié (article 21 du DSA) et du recours au juge. Ces trois voies ne sont pas hiérarchisées : le considérant 59 vous laisse le choix entre elles, et vous pouvez les combiner. Vous n'êtes donc pas tenu de passer par la plateforme avant de saisir un organisme certifié ou un tribunal.
Réclamer, c'est obliger la plateforme à relire sa propre décision. Si vos arguments la remettent en cause, elle doit l'infirmer.
Retenez cette logique : elle traverse tout l'article. La plateforme décide, vous contestez, elle réexamine, elle vous répond. Et, le cas échéant, sa réponse doit vous rappeler les autres voies qui vous restent ouvertes.
Qui peut introduire une réclamation ?
Le paragraphe 1 de l'article 20 du DSA ouvre le système aux « destinataires du service, y compris aux particuliers ou aux entités qui ont soumis une notification ». Deux catégories de personnes sont donc concernées.
La personne visée par la décision
L'auteur d'un signalement
Quel que soit votre statut
Le considérant 2 définit largement les « destinataires du service » : il vise les utilisateurs professionnels, les consommateurs et les autres utilisateurs. Le système de réclamation est donc ouvert à un particulier comme à un commerçant dont l'annonce a été retirée d'une place de marché, à une marque dont la page a été restreinte, à un média dont la publication a été déclassée, mais aussi à une association, à un élu ou à une administration.
Quelles décisions pouvez-vous contester ?
Les fournisseurs de plateformes en ligne fournissent aux destinataires du service, y compris aux particuliers ou aux entités qui ont soumis une notification, pour une période d'au moins six mois suivant la décision visée dans le présent paragraphe, l'accès à un système interne de traitement des réclamations efficace qui leur permet d'introduire, par voie électronique et gratuitement, des réclamations contre la décision prise par le fournisseur de la plateforme en ligne à la suite de la réception d'une notification ou contre les décisions suivantes prises par le fournisseur de la plateforme en ligne au motif que les informations fournies par les destinataires constituent un contenu illicite ou qu'elles sont incompatibles avec ses conditions générales :
a) les décisions sur la question de savoir s'il y a lieu ou non de retirer les informations, de rendre l'accès à celles-ci impossible ou de restreindre leur visibilité ;
b) les décisions sur la question de savoir s'il y a lieu ou non de suspendre ou de mettre fin, en tout ou en partie, à la fourniture du service aux destinataires ;
c) les décisions sur la question de savoir s'il y a lieu ou non de suspendre ou de supprimer le compte des destinataires ;
d) les décisions sur la question de savoir s'il y a lieu ou non de suspendre la capacité de monétiser les informations fournies par les destinataires, de mettre fin à cette capacité ou de restreindre d'une autre manière cette capacité.
Le texte couvre deux fondements : le contenu jugé illicite, et le contenu jugé contraire aux conditions générales de la plateforme. En pratique, beaucoup de décisions de modération invoquent les règles du service plutôt que la loi. L'article 20 du DSA vous permet de contester les unes comme les autres.
Agir ou ne pas agir : les deux se contestent
C'est le point le plus souvent négligé, et peut-être le plus important de l'article. Le texte cité ci-dessus vise quatre types de mesures : retirer un contenu ou en restreindre la visibilité, suspendre le service ou y mettre fin, suspendre ou supprimer un compte, suspendre ou restreindre la monétisation. Mais à chaque fois, il ne vise pas la mesure elle-même : il vise la décision de savoir « s'il y a lieu ou non » de la prendre. Le recours ne porte donc pas seulement sur les décisions qui sanctionnent : il porte aussi sur celles qui refusent de sanctionner.
Le refus d'agir est une décision comme une autre. Il se conteste dans les mêmes conditions.
- L'auteur du contenu ou le titulaire du compte peut contester la mesure
- Il demande à la plateforme de rétablir ce qu'elle a retiré ou suspendu
- L'auteur du signalement peut contester ce refus
- Il demande à la plateforme de prendre la mesure qu'elle a écartée, ou une mesure plus adaptée
C'est ce qui permet, par exemple, à une personne victime d'usurpation d'identité de contester le maintien en ligne du faux compte qu'elle a signalé, ou à une marque de contester le maintien d'une annonce de contrefaçon.
Les quatre familles de décisions
Retirer ou non un contenu, en rendre l'accès impossible ou en restreindre la visibilité
Suspendre ou non le service, ou y mettre fin, en tout ou en partie
Suspendre ou non un compte, ou le supprimer
Suspendre ou non la monétisation, y mettre fin ou la restreindre
Six mois pour agir
La période d'au moins six mois visée au paragraphe 1 du présent article court à partir du jour où le destinataire du service est informé de la décision, conformément à l'article 16, paragraphe 5, ou à l'article 17.
Le point de départ n'est pas la date de la décision, mais le jour où elle vous est communiquée. Pour l'auteur d'un signalement, c'est la notification de la décision prévue à l'article 16, paragraphe 5, du DSA. Pour la personne visée, c'est l'exposé des motifs prévu à l'article 17 du DSA.
Six mois est un minimum : le texte dit « au moins ». Une plateforme peut vous laisser davantage de temps, jamais moins. Le considérant 58 précise que cette période vise à vous permettre d'obtenir « l'annulation de la décision contestée ».
Un système gratuit, en ligne et sans formalisme
Les fournisseurs de plateformes en ligne veillent à ce que leurs systèmes internes de traitement des réclamations soient d'un accès et d'une utilisation aisés et permettent et facilitent la soumission de réclamations suffisamment précises et dûment étayées.
Combiné au paragraphe 1, ce texte fixe le cadre : la réclamation se fait par voie électronique, elle est gratuite, et le système doit être facile à trouver et à utiliser. Comme pour le signalement, il doit aussi vous permettre d'expliquer votre position : une réclamation « suffisamment précise et dûment étayée » suppose un espace où exposer vos arguments et, le cas échéant, joindre des éléments.
Le considérant 58 ajoute une garantie importante : ces systèmes « ne devraient pas fixer d'exigences formelles, telles que le renvoi à des dispositions juridiques spécifiques pertinentes ou à des explications juridiques compliquées ». Vous n'avez donc pas besoin de citer d'article de loi ni de raisonner en juriste. Expliquer clairement pourquoi la décision vous paraît erronée suffit.
Enfin, le fonctionnement du système ne doit pas être un secret. Selon le considérant 45, les conditions générales de la plateforme doivent décrire le règlement intérieur de son système de traitement des réclamations. C'est un bon réflexe de les consulter avant d'écrire.
Comment votre réclamation doit être traitée ?
Les fournisseurs de plateformes en ligne traitent les réclamations soumises par l'intermédiaire de leurs systèmes internes de traitement des réclamations en temps opportun, de manière non discriminatoire, diligente et non arbitraire. Lorsqu'une réclamation contient suffisamment de motifs pour que le fournisseur de la plateforme en ligne considère que sa décision de ne pas agir à la suite de la notification est infondée ou que les informations auxquelles la réclamation se rapporte ne sont pas illicites et ne sont pas incompatibles avec ses conditions générales, ou lorsqu'elle contient des informations indiquant que la conduite du plaignant ne justifie pas la mesure prise, le fournisseur infirme sa décision visée au paragraphe 1 dans les meilleurs délais.
La première phrase du paragraphe 4 encadre la manière dont votre réclamation doit être instruite. Elle pose quatre exigences.
En temps opportun
De manière non discriminatoire
De manière diligente
De manière non arbitraire
L'obligation d'infirmer
La seconde phrase est la plus importante pour vous. Elle ne laisse pas à la plateforme la simple faculté de changer d'avis : le texte dit qu'elle « infirme » sa décision, c'est-à-dire qu'elle doit revenir dessus, dans les meilleurs délais, dans trois cas.
- Vous avez signalé un contenu, et votre réclamation montre que le refus d'agir n'était pas fondé.
- Votre contenu a été sanctionné, et votre réclamation montre qu'il n'est ni illicite ni contraire aux conditions générales.
- Votre compte ou votre activité a été sanctionné, et votre réclamation montre que votre conduite ne justifiait pas la mesure prise.
Si votre réclamation apporte des motifs suffisants, la plateforme ne « peut » pas revenir sur sa décision : elle le doit.
Le troisième cas mérite l'attention. Il ne porte pas sur un contenu précis, mais sur votre conduite. Il permet de contester une sanction disproportionnée, par exemple la suppression d'un compte entier pour une seule publication litigieuse.
Une décision sous contrôle humain
Les fournisseurs de plateformes en ligne veillent à ce que les décisions visées au paragraphe 5 soient prises sous le contrôle de collaborateurs dûment qualifiés, et pas uniquement par des moyens automatisés.
C'est l'une des garanties les plus fortes de l'article 20 du DSA. La décision initiale de modération peut être entièrement automatisée ; la décision prise sur votre réclamation, non. Le considérant 58 l'exprime simplement : ces systèmes doivent faire l'objet d'un réexamen par un être humain lorsque des moyens automatisés sont utilisés.
Le texte n'interdit pas les outils automatisés : ils peuvent trier les réclamations, rassembler les éléments, proposer une analyse. Mais la décision doit être prise sous le contrôle de collaborateurs dûment qualifiés, c'est-à-dire formés à appliquer les règles en cause.
Pour un signalement, la machine peut décider à condition de le dire. Pour une réclamation, elle ne peut pas décider seule.
En pratique, un rejet instantané, sans aucun élément propre à votre situation, quelques secondes après l'envoi de votre réclamation, doit vous alerter. C'est un élément à faire valoir dans la suite de vos démarches.
La réponse qui vous est due, et la suite
Les fournisseurs de plateformes en ligne informent les plaignants dans les meilleurs délais de la décision motivée qu'ils prennent en ce qui concerne les informations auxquelles la réclamation se rapporte et de la possibilité d'avoir accès à un règlement extrajudiciaire des litiges prévue à l'article 21 et des autres possibilités de recours disponibles.
Quelle que soit l'issue, la plateforme vous doit deux choses.
La première est une décision motivée. Elle doit expliquer pourquoi la décision initiale est maintenue ou infirmée. Une simple formule (« après examen, nous maintenons notre décision ») ne vous permet pas de comprendre ce qui vous est reproché ni de préparer la suite.
La seconde est l'information sur vos recours : la possibilité de saisir un organisme de règlement extrajudiciaire des litiges certifié au titre de l'article 21 du DSA, et les autres voies disponibles. La Commission européenne tient à jour la liste des organes de règlement extrajudiciaire des litiges certifiés.
Si la réclamation n'aboutit pas
Vous disposez encore des autres voies. Elles ne s'excluent pas, et vous pouviez d'ailleurs les emprunter dès le départ.
Un organisme de règlement extrajudiciaire
Le juge
Une plainte auprès du coordinateur pour les services numériques
Un exemple concret
Votre compte sur un réseau social est suspendu pour « usurpation d'identité ». Ce compte est pourtant le vôtre, à votre nom, depuis des années. Selon la façon dont vous rédigez votre réclamation, la plateforme aura, ou non, de quoi infirmer sa décision.
- Aucune référence : on ne sait pas quel compte ni quelle décision sont visés
- Aucun argument : rien ne répond au motif invoqué
- Aucune pièce : la plateforme n'a rien de nouveau à examiner
- Rien ne permet de considérer que la mesure n'était pas justifiée
- La décision contestée est identifiée, avec sa date
- Le motif invoqué est réfuté point par point
- Des pièces étayent la réclamation
- La demande est claire : annulation, motivation, contrôle humain
La seconde réclamation donne à la plateforme exactement ce dont elle a besoin : des informations indiquant que les faits reprochés ne sont pas établis. Elle entre dans le cas où le paragraphe 4 impose d'infirmer la décision. Et si la plateforme maintient la suspension, sa réponse devra être motivée et indiquer vos voies de recours. Vous disposerez alors d'un dossier complet pour la suite.
Questions fréquentes sur l'article 20 du DSA
Non. Le paragraphe 1 de l'article 20 du DSA impose qu'elle puisse être introduite « gratuitement », par voie électronique.
Aucun délai chiffré. Le paragraphe 4 impose un traitement « en temps opportun » et que la décision soit infirmée « dans les meilleurs délais » lorsque la réclamation le justifie ; le paragraphe 5 exige que la décision vous soit communiquée « dans les meilleurs délais ».
Les plateformes en ligne doivent publier, dans leurs rapports de transparence, le délai médian nécessaire pour décider sur les réclamations, ainsi que le nombre de décisions infirmées (article 15, paragraphe 1, point d), du DSA). Ces chiffres donnent une idée des pratiques de chacune.
Non. Le considérant 59 vous laisse le choix entre la réclamation interne, le règlement extrajudiciaire et le recours au juge. L'article 21 du DSA vise les litiges relatifs aux décisions de la plateforme, « y compris » ceux que la réclamation interne n'a pas résolus : il n'en fait pas une condition préalable.
Oui. L'absence d'explication ne vous prive pas du recours ; elle constitue elle-même un manquement, puisque l'article 17 du DSA oblige la plateforme à vous adresser un exposé des motifs clair et compréhensible.
Le délai de six mois court à compter du jour où vous êtes informé de la décision conformément à l'article 17 du DSA. Mieux vaut toutefois ne pas attendre : réclamez sans tarder, et demandez dans votre réclamation l'exposé des motifs qui vous est dû.
Le paragraphe 6 exige que la décision soit prise sous le contrôle de collaborateurs dûment qualifiés, et pas uniquement par des moyens automatisés. Un rejet instantané et standardisé laisse penser que ce contrôle n'a pas eu lieu.
Conservez une trace de l'heure d'envoi et de la réponse. Vous pourrez la faire valoir devant un organisme de règlement extrajudiciaire, et la signaler au coordinateur pour les services numériques.
Rien, si vos réclamations sont sérieuses. Une réclamation rejetée n'est pas une réclamation abusive.
Seule la répétition de réclamations manifestement infondées est visée. Dans ce cas, l'article 23 du DSA impose à la plateforme, après un avertissement préalable, de suspendre pour une période raisonnable le traitement des réclamations de la personne concernée. Elle doit en décider au cas par cas, en tenant compte notamment du nombre et de la proportion de réclamations en cause, de leur gravité et, si elle peut la déterminer, de l'intention de leur auteur. Selon le considérant 63, une réclamation est manifestement infondée lorsqu'il est évident pour un profane, sans aucune analyse de fond, qu'elle l'est. Et cette suspension peut elle-même être contestée (considérant 64).
Vous n'êtes pas tenu d'attendre. Vous pouvez saisir un organisme de règlement extrajudiciaire certifié ou le juge, et déposer une plainte auprès du coordinateur pour les services numériques de votre pays (article 53 du DSA) pour signaler le manquement de la plateforme à l'article 20 du DSA.
Ce que l'article 20 du DSA impose à la plateforme
Guides liés
Texte officiel et sources
Articles
- Article 15 du DSA : rapports de transparence, dont les données sur les réclamations internes
- Article 16 du DSA : mécanismes de notification et d'action
- Article 17 du DSA : exposé des motifs, auquel est lié le délai de réclamation
- Article 19 du DSA : exclusion des micro et petites entreprises
- Article 21 du DSA : règlement extrajudiciaire des litiges
- Article 23 du DSA : suspension, après avertissement, du traitement des réclamations manifestement infondées
- Article 53 du DSA : droit d'introduire une plainte auprès du coordinateur pour les services numériques