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⚖️ Guide DSA

Article 22 du DSA :
Comprendre le rôle des signaleurs de confiance

Certaines organisations voient leurs signalements traités en priorité par les plateformes en ligne : ce sont les signaleurs de confiance. L'article 22 du DSA (Digital Services Act) fixe les conditions de ce statut, les contrôles qui l'entourent et ses limites. Une priorité de traitement, jamais un pouvoir de décision.

Article 22 du règlement (UE) 2022/2065
Applicable depuis le 17 février 2024
Mise à jour le 7 octobre 2026
Lecture : 12 minutes
À retenir en 30 secondes
  • Les signaleurs de confiance sont des organisations reconnues par une autorité publique pour leur expertise dans la détection des contenus illicites.
  • Les plateformes en ligne doivent traiter leurs signalements en priorité. Mais c'est toujours la plateforme qui décide.
  • Le statut est réservé aux entités indépendantes des plateformes, soumises à des rapports annuels publics, et peut être suspendu ou révoqué.
  • Si votre contenu est retiré à la suite de leur signalement, vous gardez exactement les mêmes droits de contestation.
01 — Le principe

Ce que prévoit l'article 22 du DSA

Tout le monde peut signaler un contenu qu'il juge illicite, grâce au mécanisme prévu par l'article 16 du DSA. Mais tous les signalements n'ont pas la même fiabilité. Certaines organisations ont une expertise reconnue dans un domaine précis : lutte contre la pédocriminalité, contre la haine en ligne, contre la contrefaçon ou les escroqueries.

L'article 22 du DSA leur donne un statut : celui de signaleur de confiance. Leurs signalements doivent être traités en priorité par les plateformes en ligne. Le considérant 61 en explique la raison : il est ainsi possible « d'agir plus rapidement et de manière plus fiable contre les contenus illicites ».

Un signaleur de confiance est entendu en priorité. Il n'a pas pour autant le dernier mot.

📌
Qui est concerné ?
L'obligation de traiter en priorité les signalements des signaleurs de confiance pèse sur les plateformes en ligne, c'est-à-dire les hébergeurs qui diffusent au public les contenus de leurs utilisateurs : réseaux sociaux, plateformes de vidéo, places de marché, etc. L'article 19 du DSA exclut les micro et petites entreprises, ainsi que, pendant douze mois, celles qui viennent de perdre ce statut. Cette exclusion ne joue jamais pour les très grandes plateformes en ligne.
02 — La priorité

Une priorité, pas un pouvoir de décision

Le texte organise une priorité de traitement, et rien de plus. Trois précisions en découlent.

1

La plateforme reste seule juge

Le signalement doit être traité vite, et donner lieu à une décision. Mais le texte ne dit pas que la plateforme doit suivre le signaleur. Elle examine le contenu et décide, comme pour n'importe quel signalement.
2

Uniquement dans son domaine d'expertise

La priorité ne vaut que pour les signalements faits « dans leur domaine d'expertise désigné ». Une association spécialisée dans la protection de l'enfance n'a pas de priorité pour signaler une contrefaçon.
3

Par le mécanisme de l'article 16 du DSA

Les signaleurs de confiance utilisent le même mécanisme de signalement que tout le monde, avec les mêmes exigences : un signalement précis, étayé, qui indique l'emplacement exact du contenu et les raisons de son illicéité.

Les autres signalements ne passent pas à la trappe

La priorité accordée aux signaleurs de confiance ne dispense pas la plateforme de traiter tous les autres signalements. Le considérant 61 précise qu'elle s'applique « sans préjudice de l'obligation de traiter et de statuer sur toutes les notifications » soumises par le mécanisme de l'article 16 du DSA, « en temps utile, avec diligence et de manière non arbitraire ». Votre signalement de particulier doit toujours être examiné.

03 — Le statut

Qui peut devenir signaleur de confiance ?

Le statut n'est pas accordé par les plateformes. Il est attribué par une autorité publique, le coordinateur pour les services numériques du pays où l'organisation est établie, après vérification de trois conditions.

a

Une expertise particulière

L'organisation doit démontrer des compétences spécifiques pour détecter, identifier et signaler des contenus illicites.
b

L'indépendance à l'égard des plateformes

Elle ne peut dépendre d'aucun fournisseur de plateformes en ligne.
c

Une pratique diligente, précise et objective

Ses signalements doivent être sérieux, exacts et impartiaux. C'est la contrepartie de la confiance qui lui est accordée.

Des organisations, pas des particuliers

Le considérant 61 est clair : le statut ne devrait être attribué « qu'aux entités, et non aux particuliers ». Il cite des exemples : des unités de signalement des autorités répressives nationales, Europol pour les contenus terroristes, des organisations non gouvernementales, ou encore des organismes privés ou semi-publics spécialisés dans la lutte contre la pédocriminalité ou contre les expressions racistes et xénophobes illégales. Il encourage aussi les associations professionnelles représentant les intérêts de leurs membres à demander ce statut.

Le même considérant ajoute que le nombre total de signaleurs de confiance « devrait être limité », pour ne pas diminuer la valeur du mécanisme. Une fois attribué, le statut doit être reconnu par toutes les plateformes en ligne soumises au règlement, dans toute l'Union.

04 — La transparence

Des signaleurs tenus à la transparence

La confiance a une contrepartie : rendre des comptes. Chaque année, le signaleur de confiance publie un rapport qui détaille ses signalements, plateforme par plateforme, type de contenu par type de contenu, avec les suites qui leur ont été données. Le rapport explique aussi les procédures mises en place pour garantir son indépendance. Il est envoyé au coordinateur qui a attribué le statut et rendu public, sans données à caractère personnel.

Une liste publique

Les coordinateurs communiquent à la Commission européenne et au comité européen des services numériques les noms et coordonnées des signaleurs de confiance qu'ils ont désignés, suspendus ou révoqués (article 22, paragraphe 4, du DSA). La Commission les publie dans une base de données accessible à tous et tenue à jour (même article, paragraphe 5). Vous pouvez la consulter pour savoir si une organisation est réellement signaleur de confiance : voir la liste officielle des signaleurs de confiance au titre du DSA.

05 — Le contrôle

Quand un signaleur de confiance se trompe

Un signaleur de confiance peut se tromper, ou abuser de son statut. L'article 22 du DSA prévoit, à ses paragraphes 6 et 7, un mécanisme de contrôle en deux temps.

1

L'alerte et la suspension (paragraphe 6)

Si une plateforme constate qu'un signaleur de confiance a soumis « un nombre significatif de notifications manquant de précision, inexactes ou insuffisamment étayées », elle en informe le coordinateur qui lui a attribué le statut, explications et documents à l'appui. Si le coordinateur estime qu'il existe des raisons légitimes d'ouvrir une enquête, le statut est suspendu pendant toute la durée de l'enquête, qui doit être menée dans les meilleurs délais.
2

La révocation (paragraphe 7)

Le coordinateur révoque le statut s'il constate, après enquête, que l'organisation ne remplit plus les conditions. L'enquête peut être ouverte de sa propre initiative ou à partir d'informations reçues de tiers, y compris des plateformes. Avant de révoquer, il permet à l'organisation de réagir à ses conclusions.

Vos réclamations comptent aussi

Comment une plateforme peut-elle savoir qu'un signaleur de confiance se trompe souvent ? Notamment grâce aux réclamations des utilisateurs. Lorsqu'un utilisateur conteste le retrait de son contenu (article 20 du DSA) et que la plateforme lui donne raison, cela montre que le signalement à l'origine du retrait était erroné.

L'article 22, paragraphe 6, du DSA prévoit expressément que ces informations, issues du traitement des réclamations, peuvent être transmises au coordinateur. Si les erreurs se répètent, celui-ci peut ouvrir une enquête et suspendre le statut du signaleur.

Quand vous contestez avec succès une décision prise sur le signalement d'un signaleur de confiance, vous contribuez aussi à son contrôle.

06 — Vos droits

Votre contenu a été signalé par un signaleur de confiance

Le statut du signaleur ne change rien à vos droits. La décision reste celle de la plateforme, et elle se conteste comme toute autre décision de modération.

1

Un exposé des motifs

La plateforme doit vous expliquer sa décision (article 17 du DSA). Elle indique notamment, le cas échéant, si la décision a été prise à la suite d'un signalement. En revanche, l'identité de l'auteur du signalement n'est communiquée que « lorsque cela est strictement nécessaire » : vous ne saurez donc pas toujours que le signalement vient d'un signaleur de confiance.
2

La réclamation interne

Vous pouvez contester gratuitement la décision auprès de la plateforme, dans un délai d'au moins six mois, avec un réexamen sous contrôle humain. Voir notre guide sur l'article 20 du DSA.
3

Un organisme indépendant

Vous pouvez soumettre la décision à un organisme de règlement extrajudiciaire certifié, avec ou sans réclamation interne préalable. Voir notre guide sur l'article 21 du DSA.
4

Le juge

Le recours juridictionnel reste ouvert à tout moment, selon les règles de votre droit national.

Ces voies ne sont pas hiérarchisées, et vous pouvez les combiner.

Le statut de signaleur de confiance accélère le traitement. Il ne dispense pas la plateforme de corriger une erreur.

💡
Vous constatez des signalements abusifs répétés ?
L'article 22, paragraphe 7, du DSA permet au coordinateur d'enquêter à partir d'informations reçues de tiers. Si vous estimez qu'un signaleur de confiance multiplie les signalements infondés, vous pouvez en informer le coordinateur pour les services numériques qui lui a attribué son statut, éléments à l'appui.
07 — Les limites

Ce que l'article 22 du DSA ne change pas

Entre un signalement ordinaire et celui d'un signaleur de confiance, une seule chose change vraiment : l'ordre de traitement.

Ce qui est identique
Pour tous les signalements
  • Le même mécanisme de l'article 16 du DSA, avec les mêmes exigences
  • Une décision prise par la plateforme, au cas par cas
  • Les mêmes droits de contestation pour l'utilisateur visé
Ce qui change
Pour les signaleurs de confiance
  • Un traitement prioritaire, dans leur domaine d'expertise
  • Une décision rendue dans les meilleurs délais
  • En contrepartie, des rapports publics et un contrôle du coordinateur

Le considérant 62 ajoute deux précisions. Les plateformes restent libres de traiter de la même manière les signalements d'organisations ou de particuliers qui n'ont pas ce statut. Et elles peuvent utiliser des mécanismes comparables pour agir rapidement contre les contenus contraires à leurs conditions générales, en particulier ceux qui sont préjudiciables aux mineurs.

08 — En pratique

Un exemple concret

Vous êtes artisan et vendez vos créations sur une place de marché. Une association de consommateurs, signaleur de confiance dans le domaine des escroqueries, signale votre boutique comme frauduleuse. En quelques heures, vos annonces sont retirées. La plateforme vous indique que la décision fait suite à un signalement. Vous contestez la décision.

✕ Réclamation insuffisante
« Je ne suis pas un escroc. Cette association se trompe, remettez mes annonces en ligne. »
  • Aucune référence à la décision contestée
  • Aucune preuve de l'activité réelle
  • La réclamation vise l'association au lieu de la décision de la plateforme
✓ Réclamation exploitable
« Le [date], mes annonces de la boutique [nom] ont été retirées à la suite d'un signalement pour escroquerie (référence [n°]). Mon activité est réelle : je joins mon numéro d'immatriculation, des factures de fournisseurs, des preuves d'expédition et des avis de clients ayant reçu leur commande. Je demande le réexamen de la décision sous le contrôle d'un collaborateur qualifié et la remise en ligne de mes annonces. »
  • La décision est identifiée, avec sa date et sa référence
  • Les pièces établissent la réalité de l'activité
  • La réclamation vise la décision de la plateforme
  • La demande est claire : réexamen humain et remise en ligne

La seconde réclamation ne discute pas le statut du signaleur : elle démontre que le signalement était erroné. C'est ce qui compte, car la plateforme doit réexaminer sa décision au fond, quelle que soit l'origine du signalement. Et si la réclamation aboutit, elle constitue aussi une information utile au contrôle du signaleur de confiance.

09 — Vos questions

Questions fréquentes sur l'article 22 du DSA

Non. L'article 22 du DSA impose un traitement prioritaire et une décision rapide, pas une décision dans un sens donné. La plateforme examine le contenu et décide elle-même.

Non. Le considérant 61 réserve le statut aux entités. Un particulier peut toutefois signaler tout contenu qu'il juge illicite par le mécanisme de l'article 16 du DSA, et la plateforme doit traiter son signalement.

La Commission européenne publie et tient à jour la liste des signaleurs de confiance désignés dans l'Union, avec leur pays et leur domaine d'expertise (article 22, paragraphe 5, du DSA). Une organisation qui n'y figure pas n'a pas ce statut au sens du DSA.

Ils peuvent être traités après ceux des signaleurs de confiance, mais ils doivent être traités. Le considérant 61 rappelle l'obligation de statuer sur toutes les notifications en temps utile, avec diligence et de manière non arbitraire.

Il en fait la demande au coordinateur pour les services numériques de l'État membre où il est établi, et doit démontrer son expertise, son indépendance à l'égard des plateformes et une pratique diligente, précise et objective (article 22, paragraphe 2, du DSA).

Oui. Il est suspendu pendant une enquête ouverte par le coordinateur pour des raisons légitimes (article 22, paragraphe 6, du DSA), et révoqué si l'organisation ne remplit plus les conditions (même article, paragraphe 7). Avant toute révocation, l'organisation peut répondre aux conclusions de l'enquête.