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⚖️ Guide DSA

Article 16 du DSA :
Signaler un contenu illicite à une plateforme

Le signalement est ouvert à tous et se fait entièrement en ligne. L'article 16 du DSA (Digital Services Act) oblige la plateforme à l'examiner et à vous répondre.

Article 16 du règlement (UE) 2022/2065
Applicable depuis le 17 février 2024
Mis à jour le 1er octobre 2026
Lecture : 12 minutes
À retenir en 30 secondes
  • Tout le monde peut signaler un contenu qu'il considère illicite : un particulier, une entreprise, une association ou toute autre organisation.
  • Votre signalement doit être assez précis pour que la plateforme identifie le contenu et comprenne pourquoi vous le jugez illicite.
  • Si vous indiquez votre adresse électronique, la plateforme doit accuser réception de votre signalement, puis vous informer de sa décision et des recours possibles.
  • Signaler déclenche un examen : la plateforme doit examiner le contenu, puis décider des suites à donner (retrait, restriction, maintien…).
01 — Le principe

Ce que l'article 16 du DSA vous permet

L'article 16 du DSA vous donne un moyen d'agir : signaler tout contenu que vous jugez illicite.

Vous avez bien lu : c'est votre appréciation qui ouvre le mécanisme. Le paragraphe 1 de l'article 16 du DSA vise tous les éléments que vous considérez comme du contenu illicite. Vous voyez une publication qui vous semble être la contrefaçon d'un sac de marque ? Vous pouvez la signaler sans avoir à prouver par A + B qu'il s'agit bien d'une contrefaçon.

Signaler déclenche un examen. Votre signalement oblige la plateforme à examiner et à répondre ; la décision, en revanche, lui appartient.

Retenez cette distinction : elle traverse tout l'article, et elle explique tout le reste. Vous signalez, la plateforme examine, la plateforme décide, la plateforme vous répond. Quatre temps, dont le premier vous appartient.

📌
Qui est concerné ?
L'article 16 du DSA s'applique à tous les fournisseurs de services d'hébergement, quelle que soit leur taille, c'est-à-dire à tout service qui stocke des contenus à la demande de ses utilisateurs. Les plateformes en ligne (réseaux sociaux, marketplaces…) en sont l'exemple le plus connu, mais le considérant 50 cite aussi l'hébergement de sites internet, le stockage et le partage de fichiers ou les serveurs de publicité, dès lors qu'ils relèvent de cette qualification. Cet article parle de « plateforme » parce que c'est le service que vous rencontrerez le plus souvent, mais les règles de signalement valent pour tous ces hébergeurs.
02 — Particuliers et entités

Qui peut signaler ?

Le paragraphe 1 de l'article 16 du DSA ouvre le mécanisme à « tout particulier ou à toute entité ». Autrement dit, à tout le monde : particuliers, entreprises, associations ou toutes autres organisations.

✓

Il n'est pas nécessaire d'être inscrit sur le service

Le signalement est ouvert à tous, pas seulement aux utilisateurs inscrits sur la plateforme. Même sans compte, vous pouvez signaler un contenu que vous avez vu en ligne.
✓

Il n'est pas nécessaire d'être personnellement visé

Vous pouvez signaler une publication qui vise quelqu'un d'autre, ou qui ne vise personne en particulier.
✓

Il n'est pas nécessaire d'être une personne physique

Un particulier peut signaler, mais le mot « entité » ouvre aussi cette possibilité à toute forme d'organisation : sociétés, associations, syndicats, fédérations, etc.

Les signaleurs de confiance

Certaines entités bénéficient d'un statut particulier : la plateforme doit traiter leurs signalements en priorité.

Le statut est attribué par le coordinateur pour les services numériques du pays d'établissement, sous trois conditions : une expertise particulière dans la détection des contenus illicites, l'indépendance à l'égard des plateformes en ligne, une pratique diligente, précise et objective. En contrepartie, le signaleur publie chaque année un rapport sur les notifications qu'il a soumises.

03 — Où signaler

Un mécanisme simple et accessible

La phrase en dit beaucoup. Le mécanisme porte sur des contenus précisément identifiés, et non sur un service pris en bloc. Il fonctionne entièrement en ligne : ni courrier, ni déplacement, ni formulaire à imprimer. Et il doit être facile d'accès et d'utilisation.

Le considérant 50 dit où le placer. Les mécanismes « devraient être clairement identifiables, situés à proximité des informations en question et au moins aussi faciles à trouver et à utiliser que les mécanismes de notification pour les contenus qui enfreignent les conditions générales ». Autrement dit, le moyen de signaler doit se trouver à côté du contenu et se repérer d'un coup d'œil, sans que vous ayez à le chercher ni à fouiller dans les menus du service.

Le même considérant ajoute qu'une notification peut viser plusieurs contenus à la fois, pour autant que chacun réponde aux exigences décrites plus loin.

04 — Les quatre éléments

Ce que doit contenir votre signalement

La plateforme doit concevoir son mécanisme pour que les notifications soient « suffisamment précises et dûment étayées ». Concrètement, ce mécanisme doit vous permettre de renseigner quatre éléments.

a

Pourquoi ce contenu vous paraît illicite ?

Le mécanisme doit vous permettre d'exposer les raisons pour lesquelles vous considérez le contenu comme illicite. Il lui faut donc un espace de rédaction : c'est ce que vous y écrivez que la plateforme examinera.
b

Où se trouve exactement ce contenu ?

Il doit vous permettre d'indiquer l'emplacement électronique exact du contenu, par exemple la ou les URL des publications concernées. Le texte ajoute, le cas échéant, les informations complémentaires permettant d'identifier le contenu selon son type et celui du service. C'est utile lorsqu'une adresse ne suffit pas, par exemple pour une story, un direct ou un passage précis d'une longue vidéo.
c

Qui signale ?

Il doit vous permettre de renseigner votre nom et votre adresse électronique. Le considérant 53 en donne la raison : ces mécanismes « devraient demander » cette identité afin « d'éviter toute utilisation abusive ». Les notifications portant sur les infractions relatives aux abus sexuels sur enfants échappent à cette demande.
d

Une déclaration de bonne foi

Il doit enfin vous permettre de déclarer que vous pensez, de bonne foi, que les informations et les allégations fournies sont exactes et complètes. C'est un engagement de sincérité, pas de certitude juridique.

Le considérant 53 explique ce que ces exigences cherchent à obtenir : des notifications « suffisamment précises et dûment motivées pour permettre au fournisseur de services d'hébergement concerné de prendre une décision éclairée et diligente, compatible avec la liberté d'expression et d'information ».

Pour vous, ces quatre éléments forment la trame d'un signalement utile : ce sont eux qui permettront à la plateforme d'apprécier la situation sans examen juridique détaillé, condition posée au paragraphe 3 de l'article 16 du DSA.

05 — L'effet du signalement

Quand votre signalement engage la plateforme ?

C'est le paragraphe décisif, et c'est là que la qualité de votre signalement pèse vraiment. Une plateforme bénéficie en principe d'une exonération de responsabilité pour les contenus qu'elle stocke : l'article 6 du DSA la met hors de cause si elle n'avait pas connaissance du contenu illicite, ou si, dès le moment où elle en a pris connaissance, elle a agi promptement pour le retirer ou en bloquer l'accès.

Le paragraphe 3 dit à partir de quand cette connaissance est acquise : une notification qui permet d'identifier l'illégalité « sans examen juridique détaillé » est réputée la lui avoir donnée.

Tout se joue donc sur ce que contient votre signalement. Le critère est celui d'un fournisseur « diligent » : l'illicéité doit sauter aux yeux d'un professionnel attentif, sans qu'il ait à trancher une question de droit.

On ne peut pas considérer qu'une plateforme a connaissance du caractère illicite d'un contenu lorsque le signalement n'est pas suffisamment étayé, ou lorsque l'illicéité fait débat et ne peut être établie que par un examen juridique. Un message qui dit seulement « ce contenu est illégal », sans indiquer où il se trouve ni pourquoi, en est un exemple. Une accusation qui suppose de trancher une question de droit contestée en est un autre.

06 — L'examen

Comment votre signalement doit être traité ?

Le paragraphe 6 encadre la manière dont votre signalement doit être instruit, avec quatre exigences et une obligation de transparence.

1

En temps opportun

Le règlement ne fixe aucun délai en heures ou en jours. Il demande de réagir rapidement, en tenant compte du type de contenu signalé et de l'urgence d'agir (considérant 52). Une menace pour la vie ou la sécurité de personnes appelle ainsi une réaction sans retard.
2

De manière diligente

La plateforme doit examiner votre signalement avec le soin qu'appelle la situation, au cas par cas. Le considérant 53 attend une décision « éclairée et diligente, compatible avec la liberté d'expression et d'information ». Cela suppose de mettre en balance des intérêts qui tirent dans trois directions (considérant 52) :
  • Ceux des utilisateurs (liberté d'expression et d'information, vie privée, protection des données, non-discrimination, droit à un recours effectif).
  • Ceux des fournisseurs (liberté d'entreprise, y compris contractuelle).
  • Ceux des personnes atteintes par un contenu illicite (dignité humaine, droits de l'enfant, protection de la propriété, y compris intellectuelle, non-discrimination).
3

De manière non arbitraire

La décision doit reposer sur des règles et motifs identifiables, et être cohérente : deux contenus comparables doivent recevoir le même traitement.
4

De manière objective

La décision doit se fonder sur le contenu lui-même, apprécié au regard du droit, et non sur des éléments extérieurs. Par exemple, le nombre de signalements ne dit rien de l'illicéité : un contenu massivement signalé peut être parfaitement licite, tandis qu'un contenu signalé une seule fois peut être illicite.

Quand la machine décide

La seconde phrase du paragraphe 6 ajoute une obligation de transparence. Si la plateforme recourt à des moyens automatisés pour traiter votre signalement ou pour décider, elle doit vous le préciser dans la réponse qu'elle vous adresse.

Automatiser le traitement est permis. L'automatiser sans le dire ne l'est pas.

07 — Accusé et décision

La réponse qui vous est due

Si votre signalement comporte une adresse électronique, la plateforme vous doit deux choses en retour.

La première est un accusé de réception. Il confirme la réception de votre signalement, sans préjuger de la décision à venir.

La seconde est de vous informer de sa décision à la suite du signalement. Le paragraphe 5 vous garantit cette réponse, quel qu'en soit le sens.

Le considérant 52 précise quand elle doit vous parvenir : la plateforme devrait vous informer « sans retard injustifié après avoir pris la décision d'agir ou non ».

Cette réponse doit aussi vous indiquer comment la contester. Le considérant 58 en donne la raison : les destinataires du service « devraient pouvoir contester facilement et efficacement » les décisions des plateformes en ligne qui ont « une incidence négative » pour eux.

08 — En pratique

Un exemple concret

Vous repérez sur une place de marché une annonce proposant un produit dont la vente est interdite. Selon la façon dont vous rédigez votre signalement, il produira tous ses effets, ou presque aucun.

✕ Signalement insuffisant
« Bonjour, il y a des produits illégaux en vente sur votre site. Merci de faire le nécessaire rapidement. »
  • Aucune URL : la plateforme ne sait pas quelle annonce vous visez
  • Aucune raison : on ne sait pas au titre de quoi le produit serait interdit
  • Ni nom ni adresse électronique : vous ne recevrez ni accusé de réception ni décision
  • La plateforme n'est pas réputée avoir connaissance de l'illicéité
✓ Signalement exploitable
« Je signale l'annonce située à l'adresse [URL exacte]. Elle propose à la vente un [produit], dont la commercialisation est interdite en France par [texte applicable]. La page indique [éléments visibles sur l'annonce]. Je déclare de bonne foi que ces informations sont exactes et complètes. Marie Dupont, marie.dupont@exemple.fr »
  • Vous donnez l'emplacement exact
  • Vous étayez la raison, avec le texte qui la fonde
  • L'auteure se nomme et laisse une adresse
  • La déclaration de bonne foi figure dans le message

Le second signalement réunit les quatre éléments du paragraphe 2. Surtout, il permet à la plateforme de constater l'illicéité sans examen juridique détaillé : elle est alors réputée en avoir connaissance, et si elle laisse l'annonce en ligne, elle s'expose à en répondre. Elle doit en accuser réception, décider, et vous communiquer sa décision avec les voies de recours.

09 — Vos questions

Questions fréquentes sur l'article 16 du DSA

Pas automatiquement, mais elle ne peut pas l'ignorer. Votre signalement l'oblige à examiner le contenu, à prendre une décision et à vous la communiquer, avec, le cas échéant, les recours dont vous disposez.

Si le contenu est illicite et que votre signalement est complet, elle a tout intérêt à agir. Elle est réputée en avoir connaissance, et s'expose à en répondre si elle le laisse en ligne. Et si elle estime le contenu licite, vous pouvez contester sa décision.

Non. Le paragraphe 1 vous permet de signaler un contenu que vous considérez comme illicite : c'est à la plateforme de trancher, pas à vous. Le paragraphe 2 vous demande seulement de déclarer que vous pensez, de bonne foi, que les informations et allégations de votre signalement sont exactes et complètes.

La bonne foi porte sur votre sincérité, pas sur l'exactitude juridique de votre analyse.

Le mécanisme doit permettre de renseigner un nom et une adresse électronique, et le considérant 53 invite à les demander pour éviter les usages abusifs. Le considérant 50 précise toutefois qu'il « devrait permettre, mais ne pas exiger » cette identification.

Signaler sans donner son nom reste donc possible. Ce sont toutefois vos coordonnées électroniques qui vous ouvrent l'accusé de réception et la décision : les paragraphes 4 et 5 les réservent aux notifications qui en comportent.

Aucun délai chiffré. Le paragraphe 6 de l'article 16 du DSA impose un traitement « en temps opportun ». Il s'apprécie selon le type de contenu et l'urgence d'agir. Les paragraphes 4 et 5 exigent une réponse « dans les meilleurs délais ».

Rien, si vous êtes de bonne foi. Se tromper n'est pas abuser : le DSA ne sanctionne pas un signalement qui se révèle infondé.

Deux limites seulement. Si vous signalez souvent des contenus manifestement licites, une plateforme en ligne peut, après vous avoir averti, suspendre temporairement le traitement de vos signalements (article 23 du DSA). Et si vous signalez de mauvaise foi, par exemple pour nuire à quelqu'un, d'autres règles de votre droit national peuvent s'appliquer.

Non. L'article 16 du DSA porte sur les contenus illicites, c'est-à-dire contraires à la loi. Un contenu qui enfreint seulement les règles de la plateforme se signale par le dispositif propre au service.

Vous n'êtes pas démuni pour autant. La plateforme doit appliquer ses conditions générales de manière diligente, objective et proportionnée (article 14 du DSA). Et si elle rejette votre signalement, vous pouvez contester sa décision par les mêmes recours : la réclamation interne, et le recours à un organisme de règlement extrajudiciaire certifié (considérant 58 ; article 20 du DSA et article 21 du DSA).

En pratique, beaucoup de plateformes réunissent les deux dans un même formulaire, et un contenu peut être à la fois illicite et contraire aux règles du service. Dans le doute, il peut être utile de préciser les deux fondements dans le signalement.