Article 12 du DSA :
Contacter une plateforme en ligne
Compte bloqué, réponses automatiques, aucun interlocuteur : l'article 12 du DSA (Digital Services Act) oblige chaque fournisseur de services en ligne à désigner un point de contact unique pour ses utilisateurs. Une communication directe, rapide et en ligne, qui ne doit pas reposer uniquement sur des robots.
- 01Ce que l'article 12 du DSA vous garantit
- 02Un point de contact unique
- 03Une communication directe et rapide
- 04Le choix des moyens de communication
- 05Pas seulement des robots
- 06Des coordonnées faciles à trouver
- 07Ce que l'article 12 du DSA ne garantit pas
- 08Si la plateforme reste injoignable
- 09Un exemple concret
- 10Questions fréquentes sur l'article 12 du DSA
- Tout fournisseur de services en ligne, quelle que soit sa taille, doit désigner un point de contact unique pour ses utilisateurs.
- Ce point de contact doit permettre une communication directe, rapide, par voie électronique et conviviale.
- Vous devez pouvoir choisir votre moyen de communication, et tous ne peuvent pas reposer uniquement sur des outils automatisés.
- Les coordonnées du point de contact doivent être publiques, faciles à trouver et à jour.
Ce que l'article 12 du DSA vous garantit
L'article 12 du DSA répond à une situation que beaucoup d'utilisateurs connaissent : un problème avec une plateforme, et personne à qui en parler. Des pages d'aide qui renvoient les unes aux autres, un assistant automatique qui tourne en boucle, une adresse électronique qui ne répond pas.
Le texte y oppose une obligation simple : chaque fournisseur doit désigner un point de contact unique qui permet à ses utilisateurs de communiquer avec lui directement et rapidement. Et ce point de contact ne peut pas se résumer à des robots.
L'article 12 du DSA ne garantit pas que la plateforme vous donnera raison. Il garantit que vous pourrez lui parler.
Un point de contact unique
Les fournisseurs de services intermédiaires désignent un point de contact unique pour permettre aux destinataires du service de communiquer directement et rapidement avec eux, par voie électronique et de manière conviviale, y compris en permettant aux destinataires du service de choisir les moyens de communication, lesquels ne s'appuient pas uniquement sur des outils automatisés.
« Unique » ne veut pas dire qu'il n'existe qu'un seul moyen de contacter le fournisseur. Cela veut dire qu'il existe un point d'entrée identifié, qui vous permet de vous adresser à lui sans avoir à chercher le bon service, le bon formulaire ou la bonne adresse parmi des dizaines de pages d'aide.
Ce point de contact s'adresse aux « destinataires du service », c'est-à-dire à tous les utilisateurs. Le considérant 2 précise que ce terme vise les utilisateurs professionnels, les consommateurs et les autres utilisateurs : particuliers, commerçants, créateurs, associations, médias, etc.
À ne pas confondre avec le point de contact des autorités
L'article 11 du DSA impose un autre point de contact, destiné aux autorités des États membres, à la Commission et au comité européen des services numériques. Il ne vous est pas destiné. Celui de l'article 12 du DSA est le vôtre.
Une communication directe et rapide
Le paragraphe 1 ne se contente pas d'exiger un point de contact. Il fixe la manière dont la communication doit pouvoir se faire, avec quatre exigences.
Directement
Rapidement
Par voie électronique
De manière conviviale
Le choix des moyens de communication
Le paragraphe 1 ajoute une précision importante : le fournisseur doit permettre aux utilisateurs « de choisir les moyens de communication ». Ce n'est donc pas à lui seul de décider par quel canal vous pouvez le joindre.
Le considérant 43 donne des exemples de moyens « aisément accessibles » :
- les numéros de téléphone ;
- les adresses de courrier électronique ;
- les formulaires de contact électroniques ;
- les dialogueurs (chatbots) ;
- les messageries instantanées.
Le texte n'impose pas un canal précis : il n'oblige pas, par exemple, chaque fournisseur à ouvrir une ligne téléphonique. Mais il exige que vous ayez un choix, et que ce choix ne soit pas artificiel.
Pas seulement des robots
C'est la garantie la plus concrète de l'article 12 du DSA. Les moyens de communication proposés « ne s'appuient pas uniquement sur des outils automatisés ». Le considérant 43 le dit sans détour : les fournisseurs « devraient permettre aux destinataires des services de choisir des moyens de communication directe et efficace qui ne reposent pas uniquement sur des outils automatisés ».
Un assistant automatique peut vous accueillir. Il ne peut pas être votre seul interlocuteur possible.
Le considérant 43 ajoute deux précisions utiles :
Vous devez savoir quand vous parlez à un robot
Des moyens suffisants
Des coordonnées faciles à trouver
Outre les obligations prévues dans la directive 2000/31/CE, les fournisseurs de services intermédiaires rendent publiques les informations nécessaires pour que les destinataires du service puissent facilement identifier leurs points de contact uniques et communiquer avec eux. Ces informations sont aisément accessibles et sont tenues à jour.
Un point de contact qu'on ne trouve pas ne sert à rien. Le paragraphe 2 impose donc trois choses : les informations doivent être publiques, aisément accessibles et tenues à jour. Une adresse électronique qui n'existe plus, ou un formulaire caché au bout de six clics, ne répond pas à ces exigences.
Le texte s'ajoute aux obligations de la directive 2000/31/CE sur le commerce électronique, qui imposait déjà aux prestataires de services en ligne de communiquer leur nom, leur adresse géographique et des coordonnées, dont une adresse de courrier électronique, permettant d'entrer en contact rapidement avec eux. L'article 12 du DSA va plus loin : il ne s'agit plus seulement d'afficher des coordonnées, mais d'organiser un véritable point de contact.
Ce que l'article 12 du DSA ne garantit pas
L'article 12 du DSA garantit un canal de communication. Il ne règle pas, à lui seul, votre litige. Pour contester une décision de la plateforme, d'autres articles du DSA vous ouvrent des voies spécifiques, avec des garanties plus fortes.
- Poser une question, signaler une difficulté, obtenir une information
- Demander l'intervention d'un interlocuteur humain
- Aucun délai de réponse chiffré, aucune obligation de résultat
- Signalement d'un contenu illicite (article 16 du DSA)
- Réclamation interne contre une décision de modération (article 20 du DSA)
- Saisine d'un organisme de règlement extrajudiciaire certifié (article 21 du DSA)
Les deux sont complémentaires. Le point de contact peut vous permettre d'obtenir une explication, de comprendre une décision ou de débloquer une situation simple. Mais si vous voulez contester une décision de modération, utilisez les mécanismes prévus pour cela : ils comportent des délais, une obligation de réponse motivée et, pour la réclamation interne, un réexamen sous contrôle humain.
Si la plateforme reste injoignable
Vous ne trouvez aucun point de contact, ou seulement un assistant automatique, ou vos messages restent sans réponse ? Plusieurs démarches sont possibles. Elles ne sont pas hiérarchisées, et vous pouvez les combiner.
Conserver une trace de vos tentatives
Utiliser les mécanismes de recours du DSA
Déposer une plainte auprès du coordinateur pour les services numériques
Saisir le juge
Un exemple concret
Votre compte a été piraté : le pirate a changé l'adresse électronique et le mot de passe. Vous ne pouvez plus vous connecter, et l'assistant automatique de la plateforme vous renvoie sans cesse vers une procédure de récupération qui ne fonctionne pas. Vous trouvez enfin le formulaire du point de contact. Selon la façon dont vous rédigez votre message, il pourra, ou non, être traité utilement.
- Aucune référence : on ne sait pas quel compte est concerné
- Aucune explication : le piratage n'est pas mentionné
- Aucune trace des démarches déjà faites
- Aucune demande précise
- Le compte est identifié précisément
- La situation est exposée simplement, avec ses dates
- Les démarches déjà tentées sont documentées
- La demande est claire : un interlocuteur humain
Le second message donne au fournisseur tout ce qu'il faut pour traiter la demande. Il rappelle aussi, sans agressivité, le droit que vous tenez de l'article 12 du DSA. Et si la plateforme a pris une décision sur votre compte, par exemple une suspension, vous pouvez parallèlement la contester par la réclamation interne ou devant un organisme indépendant certifié.
Questions fréquentes sur l'article 12 du DSA
Non. Le paragraphe 1 de l'article 12 du DSA impose que les moyens de communication ne s'appuient pas uniquement sur des outils automatisés. Un assistant automatique peut faire partie des moyens proposés, mais vous devez aussi pouvoir choisir un moyen de communication qui n'en dépend pas. Et le considérant 43 exige qu'on vous indique explicitement quand vous échangez avec un dialogueur.
Non. Le téléphone fait partie des exemples cités par le considérant 43, au même titre que le courrier électronique, le formulaire de contact, le dialogueur ou la messagerie instantanée. Le texte n'impose pas un canal précis, mais il exige que vous puissiez choisir votre moyen de communication.
Le texte ne fixe aucun délai chiffré. Il exige une communication « rapide », et le considérant 43 parle d'une communication « rapide, directe et efficace », soutenue par des ressources humaines et financières suffisantes. Un point de contact qui ne répond jamais ne remplit pas cet objectif.
Le texte ne le dit pas expressément. Mais il vise tous les « destinataires du service » et exige des informations « aisément accessibles ». Un point de contact réservé aux utilisateurs connectés serait difficilement accessible à celui qui a justement perdu l'accès à son compte, par exemple à la suite d'un piratage. C'est un argument que vous pouvez faire valoir.
L'article 12 du DSA ne fixe pas de règle de langue, contrairement à l'article 11 du DSA, qui impose aux fournisseurs de préciser les langues utilisables pour communiquer avec les autorités. En pratique, consultez les informations publiées par le fournisseur sur son point de contact : elles indiquent souvent les langues acceptées.
Oui. L'article 12 du DSA fait partie des dispositions applicables à tous les fournisseurs de services intermédiaires, sans exclusion pour les micro et petites entreprises.
Vous pouvez déposer une plainte auprès du coordinateur pour les services numériques de votre pays (article 53 du DSA). Et si votre difficulté porte sur une décision de modération, contestez-la directement par la réclamation interne ou devant un organisme indépendant certifié, sans attendre la réponse du point de contact.
Ce que l'article 12 du DSA impose au fournisseur
Texte officiel et sources
- Règlement (UE) 2022/2065 sur les services numériques (Digital Services Act - DSA)
- Directive 2000/31/CE sur le commerce électronique
Articles
- Article 11 du DSA : points de contact pour les autorités des États membres, la Commission et le comité
- Article 16 du DSA : mécanismes de notification et d'action
- Article 20 du DSA : système interne de traitement des réclamations
- Article 21 du DSA : règlement extrajudiciaire des litiges
- Article 53 du DSA : droit d'introduire une plainte auprès du coordinateur pour les services numériques